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Combats sanglants à Gaza, l'ONU appelle à mettre fin à "l'hécatombe"
L'agence de l'ONU pour les réfugiés palestiniens a appelé vendredi à un "cessez-le-feu immédiat" pour mettre fin à "l'hécatombe" dans la bande de Gaza, dévastée par la guerre qui fait rage depuis deux mois entre l'armée israélienne et le Hamas, avant un vote extraordinaire du Conseil de sécurité.
Dans la vieille ville de Gaza, à Khan Younès, Deir al-Balah ou Nuseirat, les combats se sont poursuivis vendredi du nord au sud, dans et autour de plusieurs villes de la bande de Gaza, où Israël mène des opérations terrestres appuyées par des bombardements aériens ou navals.
Après une première phase de son offensive terrestre dans le nord du territoire palestinien assiégé, en parallèle à sa campagne de frappes aériennes massives déclenchée le 7 octobre, l'armée a étendu cette semaine ses opérations au sol jusque dans le sud, où se sont réfugiés des centaines de milliers de civils.
La guerre a été déclenchée par l'attaque, d'une violence sans précédent, menée le 7 octobre sur le sol israélien par des commandos du Hamas infiltrés depuis la bande de Gaza, au cours de laquelle 1.200 personnes, en majorité des civils, ont été tuées selon les autorités israéliennes, et environ 240 autres prises en otage.
En riposte à l'attaque, Israël a promis de détruire le Hamas, au pouvoir depuis 2007 dans la bande de Gaza, classé organisation terroriste par les Etats-Unis, l'Union européenne et Israël.
D'après le gouvernement israélien, 138 otages sont toujours retenus à Gaza, après la libération fin novembre dans le cadre d'une trêve de sept jours de 105 personnes enlevées, dont 80 en échange de 240 prisonniers palestiniens détenus par Israël.
Au total, 93 soldats israéliens ont été tués dans les combats à Gaza, selon l'armée.
Dans la bande de Gaza, les bombardements israéliens ont fait 17.487 morts, pour plus des deux tiers des femmes et des moins de 18 ans, selon un nouveau bilan publié vendredi par le ministère de la Santé du Hamas.
L'armée israélienne a dit vendredi avoir frappé en 24 heures plus de 450 cibles et tué de "nombreux terroristes".
Dans le nord de Khan Younès, la plus grande ville du sud, les bombardements de l'armée ont rasé le quartier d'al-Katiba, selon un journaliste de l'AFP.
L'armée a demandé aux habitants de plusieurs localités autour de la ville de Gaza d'évacuer plus à l'ouest, avant de nouvelles opérations.
- "Situation catastrophique" -
Face à une "situation catastrophique dans la bande de Gaza", le Conseil de sécurité des Nations unies doit se prononcer vendredi sur un appel à un "cessez-le-feu humanitaire immédiat", lors d'un vote extraordinaire à l'issue incertaine.
Le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, a invoqué l'article 99 de la Charte des Nations unies qui lui permet d'"attirer l'attention du Conseil" de sécurité sur un dossier qui "pourrait mettre en danger le maintien de la paix et de la sécurité internationale", une première depuis des décennies.
Depuis le début de la guerre, le Conseil a réussi à adopter une résolution qui appelait à des "pauses et couloirs humanitaires" à Gaza, mais pas à un "cessez-le-feu", auquel les Etats-Unis s'opposent à ce stade.
Le directeur de l'agence de l'ONU pour les réfugiés palestiniens (Unrwa), a appelé vendredi à un "cessez-le-feu humanitaire immédiat".
"Appeler à mettre fin à l'hécatombe des vies palestiniennes à Gaza ne revient pas à nier les attaques abominables du 7 octobre en Israël", perpétrées par le Hamas, a déclaré Philippe Lazzarini.
Selon l'ONU, plus de la moitié des habitations ont été détruites ou endommagées par la guerre dans le territoire palestinien, où 1,9 million de personnes, soit 85% de la population, ont fui leur foyer.
Les blessés continuent d'affluer dans les hôpitaux, parmi lesquels beaucoup d'enfants, comme un Palestinien parvenu en sang dans un hôpital de Khan Younès, qu'un infirmier tentait de réanimer à même son brancard.
"Nous étions dans une zone considérée comme sûre. (...) Après la frappe, nous avons soudain entendu des cris", a raconté Mohammed Jaarar, un habitant de Khan Younès.
La branche armée du Hamas a pour sa part revendiqué de nouveaux tirs de roquettes vers Israël, pour l'essentiel interceptées.
Israël a imposé depuis le 9 octobre un siège total à la bande de Gaza, qui provoque de graves pénuries d'eau, de nourriture, de médicaments et d'électricité, alors que l'aide humanitaire, dont l'entrée depuis l'Egypte est soumise au feu vert israélien, n'arrive qu'au compte-gouttes.
Le carburant, nécessaire au fonctionnement des générateurs dans les hôpitaux et aux équipements de dessalinisation de l'eau, manque aussi.
Jeudi, "69 camions transportant de l'aide humanitaire et 61.000 litres de carburant sont rentrés à Gaza en provenance d'Egypte", a indiqué le Bureau des Nations unies chargé de la coordination humanitaire (Ocha), qui juge ces quantités très insuffisantes.
- "Protéger les civils" -
Les Etats-Unis, malgré leur ferme soutien à Israël, s'inquiètent de plus en plus des lourdes pertes civiles palestiniennes.
"Il reste impératif qu'Israël fasse de la protection des civils une priorité", a déclaré le secrétaire d'Etat américain Antony Blinken, évoquant un "écart" entre l'intention déclarée et "les résultats".
"Les choses ne peuvent pas continuer comme elles le sont", a renchéri la ministre allemande des Affaires étrangères, Annalena Baerbock.
Quatre représentants de familles d'otages israéliens se rendent vendredi à Paris, avant Bruxelles et Strasbourg, afin de pousser les Européens à faire pression sur le Qatar, principal médiateur entre les belligérants.
"Même si je crois ma sœur vivante, j'ai cette peur qu'elle ne le soit pas. Je n'ai aucune information ou preuve sur son état", a confié à l'AFP Yanit Ashkenazi, dont la soeur Doron Steinbrecher fait partie des captifs.
A Jérusalem, les prières musulmanes du vendredi ont eu lieu sous haute surveillance de la police, qui a posé des restrictions d'âge à l'accès de l'enceinte de la mosquée Al-Aqsa, l'un des lieux les plus sacrés de l'Islam.
Hors de Gaza, les violences se poursuivent en Cisjordanie occupée, où les forces israéliennes ont tué par balles vendredi six Palestiniens dans un camp de réfugiés, selon le ministère de la Santé de l'Autorité palestinienne.
La guerre a aussi ravivé les tensions à la frontière entre Israël et le Liban, où les échanges de tirs sont quotidiens entre l'armée israélienne et le Hezbollah libanais, allié du Hamas.
"Nous pensons qu'il va y avoir une guerre ici. Nous savons qu'il y en aura une. Et pour cela, nous sommes tous inquiets et nous préparons", a confié à l'AFP Efi Dayan, un habitant de Nahariya, près de la frontière avec le Liban.
Ch.P.Lewis--AT