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Les chauffeurs de camions d'aide comptent sur la trêve pour enfin accéder à Gaza
Dans le désert égyptien du Sinaï, une file de camions blancs semble sans fin, leurs conducteurs, eux, trépignent de frustration en attendant le feu vert qui leur permettra de livrer leurs précieuses cargaisons d'aide dans la bande de Gaza assiégée depuis 48 jours.
Ces chauffeurs routiers, tous Egyptiens, ont passé des journées fastidieuses en bord de route avec pour seul régime des fèves en boîte et du café instantané.
Ils ont toutefois trouvé un certain réconfort en apprenant que du carburant et d'autres produits de première nécessité pourraient bientôt être autorisés à entrer à Gaza dans le cadre d'une trêve de quatre jours qui pourrait débuter dès vendredi.
Pourtant, le moment exact où ils pourront réellement bouger reste un mystère et, confrontés à une attente toujours plus longue et abrutissante, séparés de leurs familles et sans lits ni douches, certains commencent à montrer des signes évidents d'irritation et de fatigue.
"Avant la guerre, on travaillait entre deux et trois jours avant de faire une pause. Aujourd'hui, ça fait sept jours qu'on est au même endroit sans bouger", raconte à l'AFP Alaa Moustafa, 48 ans tout en écrasant des fèves à la fourchette pour se faire cuire un énième ragoût.
"Vous voulez que je vous parle de mon quotidien?", demande un autre conducteur qui a requis l'anonymat, en raison de la forte présence des services de sécurité égyptiens à proximité de la frontière avec Gaza.
"Dans la rue, c'est comme ça que l'on vit actuellement. On dort, on se lève et on mange au même endroit sans possibilité de prendre un douche", ajoute-t-il d'un ton las.
- "Plus de convois d'aide humanitaire" -
La guerre entre Israël et le Hamas a été déclenchée par l'attaque sanglante du mouvement islamiste palestinien le 7 octobre.
En représailles, Israël a juré d'"anéantir" le Hamas, pilonnant sans relâche le territoire assiégé où s'entassent 2,4 millions de Palestiniens coupés d'approvisionnements en eau, électricité et carburant.
Selon un dernier bilan mardi du gouvernement du Hamas, 14.128 personnes ont été tuées dans les bombardements israéliens sur la bande de Gaza depuis le 7 octobre, dont plus de 5.840 enfants et 3.920 femmes.
Côté israélien, l'attaque du Hamas a fait 1.200 morts, majoritairement des civils tués le 7 octobre, selon les autorités.
Un accord entre Israël et le Hamas, conclu sous l'égide du Qatar, pour une trêve humanitaire dans la bande de Gaza et la libération d'otages enlevés le 7 octobre en échange de Palestiniens détenus dans les prisons israéliennes, a été annoncé mercredi mais il n'entrera pas en vigueur avant vendredi.
Alors que plus d'1,7 million de personnes sont déplacées dans la bande de Gaza, que la faim progresse et que la situation sanitaire se détériore, en un mois seuls 1.400 camions chargés d'aide humanitaire ont pu entrer à Gaza depuis l'Egypte, d'après l'ONU.
Avant la guerre, une moyenne mensuelle de 10.000 camions chargés de produits commerciaux et d'aide humanitaire entraient dans Gaza, selon l'ONU.
La pause humanitaire permettra en outre l'entrée d'un "plus grand nombre de convois humanitaires et d'aide, y compris du carburant", avait indiqué le Qatar mercredi.
- "Voir toutes les destructions" -
Quelque 200 à 300 camions d'aide entreront dans Gaza, dont huit avec du carburant et du gaz, avait précisé un cadre du Hamas, Taher al-Nounou.
Si les chauffeurs égyptiens ont déclaré à l'AFP qu'ils étaient fiers d'être en mesure d'aider les Palestiniens, ils redoutent ce qu'ils vont trouver à leur arrivée à Gaza.
"Je vais entrer et voir toutes les destruction. On va être confrontés à ce qu'on voit déjà à la télévision: il n'y a plus de bande de Gaza", affirme Youssef Aboulaziz, 43 ans. Et ses collègues et lui ont de quoi avoir peur.
Alors que les chauffeurs attendaient à nouveau en vain mercredi l'autorisation de poursuivre leur route, Fatima Achour, une avocate palestinienne est arrivée à Rafah. Elle est l'une des rares Gazaouies autorisée à sortir parce qu'elle possède un passeport étranger.
Ployant sous le poids de ses trois valises, elle s'est effondrée en larmes une fois arrivée en Egypte, "cette guerre doit s'arrêter" n'a-t-elle eu de cesse de répéter.
"Il n'y a plus de ville dans laquelle je pourrai retourner... plus de maisons non plus. Nos vies ont pris fin", a-t-elle affirmé à l'AFP, précisant ne pas avoir confiance dans la trêve pour améliorer la situation.
"Cette trêve a été conclue pour libérer leurs prisonniers (israéliens). Cette trêve n'est pas pour nous", conclut-elle amère.
M.White--AT