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Dans un tribunal russe, des Nobels de la paix contre la "guerre" en Ukraine
Oleg Orlov, un responsable de l'ONG Memorial co-lauréate du prix Nobel de la paix 2022, a dressé mercredi un réquisitoire de l'assaut russe contre l'Ukraine, au dernier jour de son procès pour avoir justement dénoncé cette offensive.
Son ami Dmitri Mouratov, rédacteur en chef du journal indépendant Novaïa Gazeta et autre co-lauréat du prix Nobel de la Paix 2021, lui a prêté main forte.
M. Orlov risquait cinq ans de prison pour avoir "discrédité" l'armée ukrainienne, mais la procureure a finalement réclamé mercredi une amende de 250.000 roubles, soit environ 2.400 euros, une demande d'une rare magnanimité en Russie, où nombre de personnes ont été condamnées à des peines de prison pour des faits similaires.
Oleg Orlov, qui comparaît libre depuis juin et fait partie des rares critiques du Kremlin encore en liberté en Russie, a ensuite pris la parole.
Figure publique ayant également travaillé sur les crimes commis en Tchétchénie par les forces pro-Kremlin, il a répété haut et fort tout le mal qu'il pense de la décision en février 2022 de Vladimir Poutine d'attaquer son voisin ukrainien.
"On me poursuit uniquement car j'ai fait usage de mes droits (...) c'est un procès politique", a-t-il dit, insistant, la voix légèrement tremblante, sur le fait que "la guerre (...) détruit le futur de notre pays".
Dmitri Mouratov a de sa voix énergique battu en brèche le discours du Kremlin qui aime comparer son assaut contre l'Ukraine au combat de l'URSS contre l'Allemagne nazie durant la Seconde Guerre mondiale.
"Quelle différence entre la Grande Guerre patriotique et l'opération militaire spéciale ?", a-t-il demandé, utilisant l'euphémisme imposé par Vladimir Poutine s'agissant du conflit en Ukraine.
"La Grande Guerre patriotique, c'était pour notre terre. (L'invasion soviétique de) l'Afghanistan et l'opération militaire spéciale (en Ukraine), ce sont les terres d'autres", a-t-il insisté, traçant un parallèle avec la guerre qui a contribué à la chute de l'URSS.
Nouvel exemple de la répression en Russie des détracteurs du Kremlin depuis l'attaque contre l'Ukraine, le procès de M. Orlov illustre aussi la volonté du pouvoir russe de museler les interprétations réprobatrices du passé soviétique et du régime du président Poutine.
- Expertise psychiatrique -
La procureure a même demandé mercredi une expertise psychiatrique du prévenu, citant, pour la justifier, l'activisme d'Oleg Orlov contre l'invasion de l'Afghanistan dans les années 1980 ou encore ses récentes critiques du dirigeant tchétchène proche du Kremlin, Ramzan Kadyrov.
La juge a rejeté cette demande.
Militant chevronné âgé de 70 ans, le prévenu a dénoncé vertement à plusieurs reprises l'opération russe sur le territoire ukrainien tout en choisissant de rester en Russie, malgré le risque élevé de finir en prison, comme nombre d'autres détracteurs, célèbres ou anonymes, du régime russe.
Il a rejeté toutes les accusations le visant en les qualifiant "d'idiotes".
Concrètement, Oleg Orlov se voit reprocher d'avoir manifesté contre l'offensive russe en Ukraine et d'avoir signé une tribune au vitriol contre les autorités russes intitulée "Ils voulaient le fascisme, ils l'ont eu", publiée par le média français Mediapart.
Ce texte accuse les troupes russes du meurtre de "masse" de civils ukrainiens et dénonce la "victoire" en Russie des "forces les plus sombres" du pays, celles qui "rêvaient d'une revanche totale" après la dislocation de l'URSS.
La justice russe accuse donc Oleg Orlov d'"activités publiques visant à discréditer" les forces armées, en vertu d'un article du Code pénal adopté au printemps 2022 et utilisé massivement pour punir les critiques de l'assaut contre l'Ukraine. L'article a été durci en mars, prévoyant désormais des peines allant jusqu'à cinq ans de prison.
La procureure a indiqué n'avoir finalement requis qu'une amende, l'âge et la santé du militant étant selon elle des "circonstances atténuantes".
Biologiste de formation, M. Orlov a rejoint dès sa création, à la fin des années 1980, l'association Memorial, devenue un pilier de la quête de vérité sur les crimes de l'URSS et de la défense des droits humains dans la Russie post-soviétique.
L'ONG a été dissoute par la justice russe fin 2021, quelques semaines avant l'attaque contre l'Ukraine.
A.Anderson--AT