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Kouzia, tireur d'élite ukrainien et "fantôme de Bakhmout"
Kouzia, un tireur d'élite ukrainien, fait son choix parmi de longs fusils étalés sur le sol du salon où son unité stocke son arsenal.
Dans quelques heures, il partira en mission sur la "ligne zéro", au plus près de l'ennemi dans l'est de l'Ukraine, à quelques centaines de mètres des positions russes.
Son équipe d'une vingtaine de tireurs est connue ici comme "les fantômes de Bakhmout", ville ravagée par les combats pour laquelle Russes et Ukrainiens s'affrontent depuis plus d'un an.
Si la guerre en Ukraine, déclenchée par l'invasion russe de février 2022, est avant tout une guerre d'artillerie, Kouzia explique que le travail des snipers est vital pour aider l'infanterie à avancer.
Lui refuse de dire combien d'ennemis sont tombés sous ses balles: "Je ne compte pas mes cibles, ça n'a aucun sens pour moi". Son commandant, arborant un T-Shirt "Fantômes de Bakhmout", donne le bilan total de l'unité: 558.
Kouzia, un gaillard de 31 ans aux yeux bleus, dit que cela ne lui pose aucun problème de tuer un homme se trouvant dans sa ligne de mire.
- Ramper la nuit -
"Pour moi, diable, c'est l'ennemi, il est venu chez moi, ce n'est pas moi qui suis allé chez lui", lâche le tireur dont l'unité appartient à la prestigieuse brigade présidentielle ukrainienne.
En face, dit-il, les snipers russes sont redoutables.
"Soyons honnêtes, les meilleurs snipers sont formés aux Etats-Unis (...) et en Russie", relève Kouzia, notant l'expérience de ses adversaires, forts d'années de combats et de leçons tirées en Afghanistan et Tchétchénie.
"On ne peut pas dire que l'ennemi est plus faible (que nous) ou qu'il ne sait pas s'y prendre", poursuit le jeune homme.
Il souligne que ce sont les vétérans, des tireurs d'élite professionnels, qui font preuve d'une "très grande précision", et que les plus jeunes, formés plus récemment, sont bien moins efficaces sur le champ de bataille.
Après une dernière cigarette, Kouzia et son équipe enfilent leurs cagoules, prennent leurs armes et sautent dans leur véhicule.
Ils s'arrêtent d'abord dans une maison, non loin du front, qui leur sert de base-arrière. Puis, le chauffeur dépose Kouzia près de la "ligne zéro".
Ici, les tireurs d'élite ne prennent pas position en haut de grands immeubles, image classique portée par le cinéma.
Sur le terrain vallonné de l'Est ukrainien, Kouzia rampe de nuit avec ses lunettes de vision nocturne, recevant des informations par radio et de drones de reconnaissance.
En cas d'assaut mené par l'infanterie ukrainienne, il est leurs "yeux", explique le tireur, car il peut voir ce qui échappe aux soldats. "Je les aide à y aller, je les couvre, pour que ça soit aussi sûr que possible".
Ses ordres sont d'éliminer tout militaire russe apparaissant dans son viseur dans un secteur donné.
L'équipe de Kouzia est composée de son chauffeur, et d'un troisième homme pour remplacer le conducteur s'il devait être tué ou blessé.
Ils ont plusieurs points de rendez-vous prédéterminés si les communications entre eux devaient cesser de fonctionner.
"En général, Dieu merci, ça va", dit le chauffeur, qui répond à l'alias de Kouchtch et travaillait avant la guerre dans le secteur de la chaussure près de Kiev.
Leur véhicule témoigne des risques: un trou défigure le toit, et des impacts de balles constellent la vitre renforcée du pare-brise.
- "Rien de terrible" -
"Je dois en savoir plus (que les snipers): la géographie du terrain, toutes les voies d'approche", dit le chauffeur, "la route est dangereuse".
Le soldat se définit aussi comme un "messager" en cas de problème, quelqu'un de "très important".
Kouzia, lui, raconte que la solidité psychologique est une qualité clé pour un sniper.
Réserviste lorsque la Russie a envahi son pays, il est allé au front immédiatement, rejoignant les forces spéciales pour combattre à Gostomel et Boutcha, cités voisines de Kiev, théâtres d'affrontements terribles dans les premières semaines de la guerre.
Puis, il est devenu tireur d'élite, "par hasard".
Le soldat raconte sa nervosité, la première fois qu'il a dû tirer, touchant sa cible à la troisième reprise. Mais depuis, rien de tel: "On ne peut pas douter au moment d'appuyer sur la détente".
"Et pour être honnête, ça ne dure qu'une fraction de seconde. Rien de terrible, une fraction de seconde, et voilà, c'est tout".
M.King--AT