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Vote tendu au Zimbabwe, le président s'accroche au pouvoir
Les Zimbabwéens votaient mercredi dans le calme mais sans illusions, à l'issue d'une campagne marquée par une répression sans nuance de l'opposition et de sérieuses irrégularités dans les listes électorales.
Dans le township poussiéreux de Mbare près de la capitale, des foules attendent patiemment devant de larges tentes kaki. Diana Office, la trentaine aux cheveux courts, est arrivée deux heures à l'avance pour participer à ces élections présidentielle, législatives et municipales.
"C'est important pour moi de voter", dit-elle à l'AFP. Croit-elle au changement? Elle rit. "Non, je suis seulement là pour exercer mes droits".
A Kwekwe (centre), le président sortant , 80 ans, cheveux teints et écharpe aux couleurs du pays, a déposé son bulletin, entouré de nombreux partisans.
"Avec mon vote, j'espère que la mairie va me donner un bon travail", commentait Freddy Kondowe, chômeur d'une quarantaine d'années. "Je me suis levée tôt pour voter pour notre vieux", lance sa voisine qui ne veut pas donner son nom, une marque noire sur son petit doigt comme preuve de son vote.
Les résultats du vote doivent être publiés dans les cinq jours suivant le scrutin.
L'opposition, forte dans les villes, veut engranger un vote protestataire ancré dans une grogne croissante liée à une économie sinistrée, marquée par un chômage record et l'hyperinflation.
Mais le président Mnangagwa et son parti la Zanu-PF, au pouvoir depuis l'indépendance en 1980 de ce pays enclavé d'Afrique australe, semblent déterminés à s'accrocher au pouvoir.
- Liberté d'expression -
"On veut se débarrasser de ce système pourri qui nous rend pauvres, le pays est entre de mauvaises mains", confie à l'AFP Michael Chitoka, chômeur de 27 ans, dans un quartier huppé de Harare où les langues se délient davantage.
"Moins de corruption, plus de tolérance. Et pas cette idée que +Vous êtes un ennemi si vous n'êtes pas d'accord avec tout ce que je dis+", ajoute Brian Crozier, 79 ans.
Le chef de l'opposition , avocat et pasteur de 45 ans, a voté à la mi-journée et sa Coalition des citoyens pour le changement (CCC) a dénoncé des intimidations.
Sa porte-parole Fadzayi Mahere a salué une "très forte participation". Mais elle signale des manoeuvres de partisans de la Zanu-PF - arrivés dans certains bureaux sous couvert de sondages de sortie des urnes - pour semer la peur et inciter à voter pour le pouvoir, "ce qui est complètement illégal".
"Le régime panique", a-t-elle affirmé. De fausses affiches ont aussi été distribuées mais "les citoyens ne se laisseront pas abuser".
"Entourloupes ou pas entourloupes, notre victoire est certaine", a lancé M. Chamisa à ses partisans après avoir voté.
La commission électorale (ZEC) a reconnu que seuls 23% des bureaux de vote avaient pu ouvrir à l'heure à Harare, bastion de l'opposition, en raison de retards logistiques.
Chamisa avait rappelé lundi que plus de cent meetings de son mouvement avaient été interdits. "Mais Dieu dit que c'est le moment pour moi d'être président".
"Nous allons gagner cette élection" et même "largement", avait ajouté d'une voix éraillée cet homme svelte au visage souligné d'une fine moustache.
"Le pays est calme" affirmait à la veille du scrutin le porte-parole du gouvernement, Nick Mangwana. En 2018, l'armée avait tiré à balles réelles contre des manifestants contestant l'élection, tuant six personnes.
"Je souhaite que chaque Zimbabwéen accepte le choix du peuple", a-t-il ajouté auprès de l'AFP. Comme si les jeux étaient faits.
Le président a promis inlassablement une élection équitable. Mais "la Zanu-PF est inarrêtable. La victoire est certaine", a-t-il répété samedi.
Les Zimbabwéens sont plongés depuis des années dans une profonde crise économique. Mais après des mois d'une campagne répressive à l'égard de l'opposition (arrestations, invisibilité dans les médias d'Etat...), peu croient aux chances de Nelson Chamisa, surnommé "le jeune homme".
Human Rights Watch a prédit un "processus électoral gravement défectueux". Et d'importantes irrégularités ont été relevées sur les listes électorales par des organisations de la société civile, suscitant aussi des craintes de fraude lors du décompte des bulletins.
Ces inquiétudes sont "le fruit d'une imagination débordante", a balayé auprès de l'AFP Rodney Kiwa, vice-président de la ZEC. "Nous sommes prêts. S'il y a des problèmes, nous les réglerons".
T.Perez--AT