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Stoltenberg, le chef de l'Otan qui a fait face à la guerre de Poutine, et à Trump
Secrétaire général de l'Otan depuis 2014, Jens Stoltenberg a accompagné le regain de vigueur de l'Alliance face à la guerre menée par la Russie de Vladimir Poutine, après avoir surmonté les coups des boutoir des années Trump.
Sur le départ en 2022 pour rejoindre la banque centrale de sa Norvège natale, il avait prolongé à la suite de l'invasion de l'Ukraine. Faute de s'être entendus sur son successeur, les 31 Etats de l'alliance militaire viennent une nouvelle fois de demander au flegmatique Scandinave de rester à son poste.
Cette deuxième extension d'un an a été annoncée mardi par M. Stoltenberg, 64 ans. Elle lui permettra d'assister en juillet 2024 au sommet du 75e anniversaire de l'Otan, à Washington. Il aura alors passé une décennie à la tête de l'organisation.
Ayant pris ses fonctions quelques mois seulement après l'annexion de la Crimée par Moscou, il est aujourd'hui confronté au plus grand conflit sur le continent européen depuis la Seconde guerre mondiale.
Entretemps, il a déployé ses talents de diplomate pour convaincre l'Amérique de Donald Trump de ne pas quitter l'Otan et gérer le retrait chaotique des troupes alliées en Afghanistan.
La guerre en Ukraine a redonné une raison d'être à l'Otan, en quête de sens depuis la fin de la guerre froide, l'amenant à renforcer son flanc oriental et à intégrer la Finlande --avant l'inclusion espérée de la Suède.
Moscou a "réveillé" l'Alliance "avec le pire des électrochocs", a constaté le président français Emmanuel Macron, qui raillait en 2019 sa "mort cérébrale".
Alors que l'Otan suit une ligne prudente entre soutien inébranlable à Kiev et volonté d'éviter toute escalade avec la Russie, Jens Stoltenberg est loué pour son sang-froid --dont il a notamment fait preuve lors d'un tir de missile en Pologne, qui s'est finalement avéré venir des défenses aériennes ukrainiennes.
"Grâce à sa main ferme et constante, notre alliance est plus forte et unifiée que jamais", a récemment déclaré le secrétaire d'État américain Antony Blinken.
- "Ne pas devenir homme politique" -
Économiste de formation, l'ex-Premier ministre norvégien n'avait jamais manifesté de penchant particulier pour les questions de défense durant sa carrière politique, qui l'a cependant doté d'un solide réseau international.
S'il est connu à Bruxelles pour son apparence stricte, il a été dans les années 1970 un adolescent aux cheveux longs jetant des pierres sur l'ambassade des États-Unis à Oslo pour protester contre la guerre du Vietnam.
Il vient d'une famille éminemment politique: son père a été ministre de la Défense puis des Affaires étrangères, sa mère vice-ministre. "J'avais pris une décision claire et réfléchie: ne pas devenir homme politique", a raconté celui qui rêvait de devenir universitaire.
Il entre finalement au Parlement en 1991 et connaît une ascension rapide: ministre de l'Energie puis des Finances, avant d'être nommé en 2000 le plus jeune Premier ministre du pays, au lendemain de son 41e anniversaire, comme dirigeant du parti travailliste de centre-gauche.
Après la tuerie (77 morts) commise par l'extrémiste de droite Anders Behring Breivik le 22 juillet 2011, M. Stoltenberg appelle à "plus de démocratie" et "plus d'humanité": cette réaction modérée lui vaut le respect de la communauté internationale.
Trois ans plus tard, il est soutenu par la chancelière allemande Angela Merkel et le président américain Barack Obama pour diriger l'Otan.
-"Chuchoter à l'oreille de Trump"-
Arrivé à la Maison-Blanche en 2017, Donald Trump dénonce une Otan "obsolète" et fustige les contributions jugées insuffisantes des Européens.
Au point de menacer la survie de l'organisation, dont les Etats-Unis sont la principale puissance: en arrivant au sommet de l'Otan de décembre 2019 à Watford (Royaume-Uni), le président américain est prêt à rompre l'alliance que Washington dominait depuis sa création en 1949.
De l'avis de beaucoup, c'est Jens Stoltenberg qui est alors parvenu à l'en dissuader, lui valant le surnom de "celui qui sait chuchoter à l'oreille de Trump".
"Il a maintenu Trump dans l'Otan, ce qui était loin d'être acquis. C'était l'un des rares dirigeants européens sur lequel Trump disait des choses positives", souligne Jamie Shea, ex-haut fonctionnaire de l'Otan.
Les tensions transatlantiques ont cependant persisté sous Joe Biden, avec le retrait précipité d'Afghanistan décidé par Washington.
Et si la guerre en Ukraine a resserré les liens entre Alliés, elle suscite de nouvelles divisions --notamment sur la demande d'adhésion de Kiev, sur laquelle M. Stoltenberg tâchera en juillet de trouver un consensus.
Le Norvégien doit par ailleurs composer avec le président turc Recep Tayyip Erdogan, qui retarde toujours l'adhésion de la Suède à l'Alliance.
Ces derniers mois, M. Stoltenberg a déjà distillé ses conseils à son futur successeur, qui - à moins d'une nouvelle prolongation... - devrait entrer en fonction fin 2024.
"La tâche principale, la plus importante, c'est veiller à ce que nous restions unis, conserver l'unité de la famille".
"Bien sûr, ce n'est pas toujours facile...".
H.Gonzales--AT