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Donald Trump et les archives confidentielles, chronique d'une inculpation annoncée
Une perquisition choc du FBI, des cartons de documents top secret du Pentagone ou de la CIA dans une résidence ouverte aux soirées mondaines: l'affaire des archives confidentielles de la présidence Trump illustre l'habitude du milliardaire républicain, critiqué pour sa légèreté vis-à-vis des secrets d'Etats, à bousculer les règles et les conventions.
Pour les partisans de Donald Trump, son inculpation n'est qu'une preuve de plus de la "chasse aux sorcières" politique menée pour l'empêcher de reconquérir la Maison Blanche en 2024.
Mais à Washington, où la culture du secret est très implantée, la possibilité que des informations hautement confidentielles soient égarées est un cauchemar qui exige que l'ancien président soit mis hors d'état de nuire.
"Les lois qui protègent les informations relatives à la défense nationale sont essentielles à la sûreté et à la sécurité des Etats-Unis" et leur "violation" met "notre pays en danger", a rappelé le procureur spécial chargé de l'enquête, Jack Smith, en invitant le public à lire l'acte d'accusation pour mesurer la "gravité" des faits.
Donald Trump, 76 ans, a été inculpé de 37 chefs d'accusation, dont "rétention illégale d'informations portant sur la sécurité nationale", "entrave à la justice" et "faux témoignage", des charges passibles de 20 ans de prison.
Pour ses détracteurs, il aurait pu éviter les poursuites s'il avait simplement rendu les documents quand les Archives nationales avaient découvert en mai 2021 qu'il en manquait parmi ceux remis par son administration, ou après les requêtes formelles de la police fédérale (FBI).
- "Stupides" -
"Ne vaut-il pas mieux leur dire que nous n'avons rien ici", a-t-il au contraire déclaré en mai 2022 à l'un de ses avocats, selon l'acte d'accusation.
"Pour résumer, l'acte d'accusation dépeint un homme qui savait que ce qu'il faisait était mal et qui s'est donné beaucoup de mal pour le dissimuler. M. Trump savait exactement à quel point la découverte des documents serait néfaste et il voulait qu'ils soient détruits ou cachés", assène le magazine The Atlantic dans une chronique intitulée "Les crimes les plus stupides imaginables".
Lorsque Donald Trump quitte la Maison Blanche en janvier 2021, il emporte des dizaines de cartons remplis de dossiers, photographies, souvenirs, chargés dans des camions et expédiés dans sa luxueuse résidence Mar-a-Lago, en Floride.
Or, aux Etats-Unis, une loi oblige les présidents à transmettre tous leurs courriels, lettres et autres documents de travail aux Archives nationales. Une autre, sur l'espionnage, interdit de conserver des secrets d'Etat dans des lieux non autorisés et non sécurisés.
D'après l'acte d'accusation, les cartons sont restés empilés ça et là, notamment sur la scène d'une "salle de bal", dans une chambre ou un bureau, avant d'être transportés dans un "débarras" accessible de la piscine, où certains documents marqués de la mention "secret défense" ont été vus étalés sur le sol.
- Salle de bains -
Symbole du désordre et régal pour les réseaux sociaux, une photo dans le document judiciaire montre des piles de boîtes derrière des toilettes dans une grande salle de bain.
En janvier 2022, après plusieurs relances, Donald Trump accepte de restituer aux Archives nationales 15 boîtes contenant près de 200 documents classifiés. Certains sont estampillés des niveaux de confidentialité les plus élevés.
Le FBI est convaincu qu'il en reste encore beaucoup. Les avocats de Donald Trump remettent au chef du contre-espionnage du FBI une enveloppe contenant tout ce qu'ils ont -- selon eux -- trouvé, mais une vidéo de surveillance va montrer des employés de Mar-a-Lago en train de déplacer des cartons de documents d'un local de stockage situé au sous-sol.
La police fédérale finit par lancer une perquisition spectaculaire à Mar-a-Lago le 8 août 2022, qui lui permet de saisir une trentaine d'autres boîtes, soit 11.000 documents.
- "Programmes nucléaires" -
D'après l'acte d'accusation, ces derniers "incluaient des informations sur les capacités de défense des Etats-Unis et de pays étrangers", "sur les programmes nucléaires" américains et "sur les vulnérabilités potentielles en cas d'attaque contre les Etats-Unis et leurs alliés".
Pour les partisans de Donald Trump, il s'agit de problèmes mineurs. Ils en veulent pour preuve que depuis le raid de Mar-a-Lago, des documents classifiés ont aussi été découverts dans des dossiers que Joe Biden avait emportés avec lui en 2017 après la fin de son mandat de vice-président, ainsi qu'au domicile de Mike Pence, qui était le vice-président de Donald Trump. Tous deux ont volontairement signalé et remis les documents.
Quand il avait pris ses fonctions en 2017, Donald Trump avait d'emblée affiché son mépris pour la communauté du renseignement américain, jouant volontiers avec les secrets qu'il apprenait lors de réunions confidentielles.
Lors d'une rencontre dans le Bureau ovale avec le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, il avait évoqué des renseignements d'Israël sur un complot de l'Etat islamique.
Contre l'avis de ses collaborateurs, il avait aussi publié sur Twitter une photo de reconnaissance top secrète d'une fusée iranienne qui avait explosé.
Selon l'acte d'accusation, après son départ de la Maison Blanche, Donald Trump a également montré à deux reprises des documents militaires ultrasecrets à des connaissances dans son club de golf de Bedminster, dans le New Jersey.
T.Perez--AT