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Erdogan retrouve une Turquie profondément clivée
Félicité de toutes parts à l'étranger et célébré toute la nuit par ses partisans en Turquie, Recep Tayyip Erdogan, réélu dimanche pour cinq ans, hérite d'un pays miné par la crise et profondément clivé.
"L'homme du peuple a gagné!", titre en Une lundi le quotidien Sabah, l'un des journaux les plus lus du pays, sur lequel le chef de l'Etat et son camp savent pouvoir compter.
Pour Gursel Ozkok, vendeur de jus de fruits de 55 ans interrogé lundi matin à Ankara, "tout s'est passé comme je l'espérais, c'est la personne qu'il faut à notre pays".
"C'est la volonté du peuple", admet également Aziz Fatih Gemci, étudiant de 23 ans qui espère toutefois "que l'économie ira mieux et que notre pouvoir d'achat s'améliorera".
Mais la réélection du chef de l'Etat, qui a recueilli 52,2% des voix selon un décompte quasi définitif, suscite le désarroi dans toute une partie de la population.
"Je n'ai plus aucun espoir, j'espère partir à l'étranger dès que possible", confiait lundi Kerem, un élève ingénieur de 20 ans à l'oreille percée qui n'a pas donné son nom.
La commission électorale annoncera les résultats définitifs "aujourd'hui ou demain", a avancé lundi l'agence officielle Anadolu.
Devant des dizaines de milliers de partisans enthousiastes qu'il a rejoints vers minuit devant le palais présidentiel à Ankara, le président réélu a promis une baisse rapide de l'inflation qui mine le quotidien de Turcs - actuellement supérieure à 40% sur un an.
"Il n'y a aucun problème que nous ne puissions résoudre quand le lien est si fort (entre nous)", a-t-il lancé.
- "Pendez-le" -
"Personne n'a perdu ce soir, nous sommes 85 millions de vainqueurs", a-t-il aussi clamé après avoir entonné une chanson avec la foule et fait huer les leaders de l'opposition, son rival malheureux Kemal Kiliçdaroglu et surtout l'un des responsables du parti prokurde HDP, Selahattin Demirtas, emprisonné depuis 2016, traité "d'assassin" et de "terroriste".
"Pendez-le", a entonné la foule en réponse, au milieu de laquelle flottaient les drapeaux du MHP ultranationaliste, allié de M. Erdogan dont le bras armé, les Loups gris, est accusé de nombreux assassinats d'opposants.
Pendant la campagne, le président-candidat Erdogan avait annoncé en dépit de la crise le maintien de sa politique monétaire hétérodoxe: à rebours des théories économiques classiques, il a ainsi contraint la banque centrale (avec la valse de ses gouverneurs) à abaisser régulièrement les taux d'intérêt, faisant du même coup flamber l'inflation.
Cependant ni la bourse ni la monnaie nationale, déjà enfoncée à plus de 20 livres turques pour un dollar, n'ont réagi lundi matin à sa réélection, comme si celle-ci avait déjà été largement anticipée.
Pour fêter sa victoire et celle de l'Empire ottoman il y a 570 ans, en ce jour anniversaire de la conquête de Constantinople le 29 mai 453, le "sultan" d'Ankara envisageait une prière à Sainte-Sophie, la basilique byzantine d'Istanbul devenue musée qu'il a convertie en mosquée en juillet 2020.
Cette prière n'a cependant pas été confirmée lundi matin: Recep Tayyip Erdogan, 69 ans, est rentré dans la nuit à Ankara et son visage accusait la fatigue d'une campagne qui l'a vu arpenter le pays et tenir jusqu'à trois meetings par jour en plus d'interminables entretiens télévisés en soirée.
De son côté, le maire CHP d'Istanbul Ekrem Imamoglu, qui a arraché la capitale économique de la Turquie au contrôle de l'AKP en 2019, a proposé de réunir ses partisans lundi dans sa ville. "Ne vous inquiétez pas, tout repart de zéro", a promis celui qui pourrait être le candidat de l'opposition turque à la présidentielle de 2028.
W.Morales--AT