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Ukraine: à Boutcha, ne pas oublier, reconstruire et rendre la justice
Un an après sa libération par l'armée ukrainienne, Boutcha n'oublie pas les atrocités imputées aux forces russes, mais la ville se reconstruit, "la douleur s'atténue" et il faut "continuer à vivre" selon ses habitants.
Méconnaissable, la rue Vokzalna est un chantier à ciel ouvert: plusieurs dizaines d'ouvriers du bâtiment s'affairent au milieu de pelleteuses, de tractopelles et de camions-benne, pour reconstruire les maisons et refaire la chaussée.
C'est dans cette longue artère droite qu'une colonne de véhicules blindés russes avait d'abord été anéantie par les forces ukrainiennes.
Après le retrait le 31 mars 2022 des troupes de Moscou qui avaient échoué à prendre Kiev, des carcasses calcinées des véhicules militaires jonchaient la rue de cette banlieue au nord-ouest de la capitale ukrainienne et la plupart des habitations qui la bordaient étaient détruites.
Anatoly Ievdokimenko est heureux de montrer sa maison totalement refaite. "Le toit était troué, les portes et les fenêtres étaient cassées. Les obus frappaient n'importe où", raconte à l'AFP l'homme âgé de 60 ans.
"Des bénévoles ont commencé à venir, et à restaurer. Plus tard, il y a eu un programme de restauration de Boutcha, en particulier de la rue Vokzalna", explique-il.
Pendant l'occupation, débutée dès le 27 février, "les Russes vivaient dans notre cave et préparaient leur nourriture dans la cour", dit-il, précisant avoir pu quitter la ville par un couloir humanitaire le 12 mars.
Un peu plus loin, Natalia Zelinska bénéficie aussi du programme de reconstruction. Elle habite au croisement des rues Vokzalna et Iablounska.
C'est dans cette dernière rue que le 2 avril 2022, des journalistes de l'AFP avaient découvert, éparpillés sur plusieurs centaines de mètres, les cadavres de 20 hommes en civil, dont l'un avait les mains liées dans le dos.
Des exécutions sommaires de civils et des crimes de guerre, selon Kiev, et des images qui choquèrent le monde.
"Avec ma mère et ma fille nous étions là quand les combats ont commencé fin février, et au début de l'occupation", raconte-elle à l'AFP, précisant avoir aussi pu quitter la ville avant la mi-mars.
"Nous n’avons rien vu, nous avons eu la chance de ne rien voir", dit-elle.
Elle se considère aussi "très heureuse d'avoir été intégrée dans le programme de reconstruction" pour sa maison. Elle confesse toutefois avoir besoin de consulter "un psychologue militaire pour lui parler de l'occupation" parce que "parfois quand je m'endors, je me souviens de cette période et c'est horrible".
Dans l'enceinte de l'église Saint-André, près de la mairie de Boutcha, de petits engins de chantier sont aussi à l'oeuvre. Des employés municipaux posent des planches et une estrade pour des cérémonies officielles prévues vendredi dans la ville.
- "Punir le mal" -
Une fosse commune avait été creusée à côté de l'édifice pour enterrer à la hâte les cadavres des personnes victimes de l'occupation.
"Il y a un an, lorsque les Russes étaient là, les habitants ne pouvaient s'asseoir que dans les sous-sols. C'était dangereux pour eux, ils étaient persécutés et volés", dit à l'AFP l'archiprêtre Andriï, qui gère la paroisse.
Selon lui, "il est très important que nous n'oublions pas les personnes qui, malheureusement, ne sont pas avec nous aujourd'hui".
"Mais il est important aussi pour nous de ne pas vivre dans le passé, mais dans l'avenir. Pour vivre dans l'avenir, il faut non seulement gagner, vaincre les occupants (...) mais il est très important que le mal soit condamné (...) Il faut que les criminels soient condamnés, que le mal soit puni", insiste le religieux.
Au cimetière de la ville, Natalia Plessa, 47 ans, est venue en famille pour se recueillir sur la tombe de sa mère, décédée il y peu et qui a vécu toute l'occupation russe.
Au fond du cimetière se trouvent près de 80 tombes anonymes d'habitants morts pendant l'occupation et dont l'identité n'a pas pu être établie.
Natalia et son mari eux, sont restés deux semaines sous occupation avant de quitter la ville par un corridor humanitaire. "C'était une période terrible. C'était très effrayant de partir par le corridor", se souvient-elle.
"Avec le temps, la douleur s'atténue et on l'oublie, on continue à vivre. Il y a de nouveaux modes de vie, le travail, les enfants, les petits-enfants, pour lesquels vous continuez à vivre", explique-t-elle.
"Je suis sûre que Boutcha sera une ville encore plus belle qu'elle ne l'était avant l'occupation", espère-t-elle.
M.O.Allen--AT