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Le week-end de Biden: une messe, un dîner... et une visite secrète à Kiev
C'est sûrement l'un des hommes les plus scrutés au monde, mais dimanche à l'aube, le président américain a réussi à quitter l'usine à ragots qu'est Washington dans le plus grand des secrets pour un déplacement à Kiev, capitale d'un pays toujours ravagé par la guerre.
Tout en décontraction, Joe Biden s'est montré à Kiev lundi pour rencontrer son homologue ukrainien Volodymyr Zelensky. Non sans mal: son déplacement a nécessité un ballet militaire, diplomatique, et médiatique réglé au millimètre.
Le tout derrière un opaque écran de fumée.
Il était prévu de longue date que le président octogénaire s'envole lundi pour la Pologne, afin de marquer un an de guerre en Ukraine. Le Boeing 747 "Air Force One" utilisé pour ses longs déplacements, les 13 journalistes qui le suivent en permanence, sa cohorte de conseillers, d'assistants, et d'agents pour sa sécurité: tous étaient prêts à partir avec lui le 20 février.
Avec un voyage qui promettait déjà d'être hautement symbolique en Pologne, Joe Biden avait adopté tout le week-end une posture relaxée.
- Repos dominical? -
Samedi, il s'est rendu à l'église avant une visite au Musée de l'histoire américaine à Washington, et un dîner en tête-à-tête avec son épouse Jill dans un restaurant italien de la capitale. Au menu pour le couple présidentiel: des rigatoni sauce tomate.
Dimanche? La Maison Blanche avait annoncé aux centaines de journalistes qui couvrent l’exécutif américain que le programme se résumerait à une journée de repos dominical.
En réalité, au même moment le président, une poignée de conseillers et seulement deux journalistes étaient déjà en route pour Kiev, où ils sont arrivés lundi matin.
Les moyens exacts utilisés pour rejoindre la capitale ukrainienne demeurent sous le sceau du secret pour le moment.
Au cours de l'année passée, les dirigeants européens qui se sont déplacés à Kiev, l'ont fait par train depuis la Pologne. Mais il est beaucoup moins probable qu'un président américain, accompagné d'un conseiller portant la valise nucléaire, passe des heures coincé sur les rails.
Voyager par les airs possède sa propre complexité, au vu des batailles quotidiennes que se livrent à coup de missiles les forces russes et ukrainiennes pour le contrôle du ciel.
Il n'avait pas été précisé dans l'immédiat si des forces militaires américaines -- terrestres ou aériennes -- avaient franchi les frontières de l'Ukraine pour sécuriser le convoi ou si la responsabilité en avait incombé aux forces ukrainiennes, qui sont en constante coordination avec leurs homologues américains.
- Contact direct avec Moscou -
La Maison Blanche a cependant révélé avoir été en contact direct avec Moscou juste avant l'arrivée de Joe Biden.
"Nous avons bien prévenu les Russes que le président Biden voyagerait à Kiev. Nous l'avons fait quelques heures avant son départ", a confié le conseiller à la sécurité nationale de la Maison Blanche, Jake Sullivan.
Le conseiller, qui était présent également à Kiev, a précisé qu'"en raison de la nature sensible de ces échanges", il ne souhaitait pas "rentrer dans la manière dont ils ont répondu, ou quelle était la nature exacte de notre message".
Selon la Maison Blanche, tous les détails seront révélés plus tard - mais pour Jake Sullivan, la nature même du déplacement le rendait "historique".
Des présidents américains en exercice se sont déjà rendus sur des zones de danger par le passé, notamment en Afghanistan ou en Irak lors de guerres menées par Washington. Cependant, dans ces cas-là, les dirigeants avaient atterri sur d'énormes bases, déjà contrôlées par les forces américaines.
Ce fut une visite "sans précédent à notre époque", dans un pays en guerre et sans forces américaines sur le terrain, a déclaré Jake Sullivan.
Joe Biden a quitté l'Ukraine dans des circonstances tout aussi mystérieuses, selon la journaliste assignée à remplacer l'habituelle troupe de reporters qui accompagne le président américain.
Les Américains se sont réveillés lundi avec l'annonce de ce voyage. Joe Biden, qui devrait désormais réapparaître en Pologne pour la portion prévue de son déplacement, a lui tweeté:
"Kiev s'est emparée d'une partie de mon coeur."
F.Ramirez--AT