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Pakistan: l'attentat à Peshawar ravive les craintes d'une ville meurtrie
"J'ai peur dans mon coeur": l'attentat contre une mosquée, qui a fait 101 morts lundi, pour la plupart des policiers, à Peshawar dans le nord-ouest du Pakistan, a ravivé les craintes d'une population longtemps marquée par la violence, ont déploré des habitants mercredi.
Un kamikaze est parvenu à s'infiltrer sans se faire repérer dans la mosquée du quartier général de la police, pour se faire exploser au milieu des fidèles, provoquant l'effondrement d'un mur qui a écrasé de nombreux policiers.
Cet attentat, le plus meurtrier depuis cinq ans au Pakistan, rappelle que Peshawar, proche des anciennes zones tribales qui bordent l'Afghanistan, était il y a une dizaine d'années au centre d'une vague de violences.
"La principale crainte est une deuxième attaque, une autre explosion... un kamikaze pourrait se faire exploser dans un marché", a déclaré Naeemullah Jan, 55 ans, entrepreneur en bâtiment à Peshawar.
Le chef de la police de la ville a déclaré que l'attaque a été commise en représailles aux opérations policières visant des groupes islamistes armés, dont l'activité s'est renforcée depuis que les talibans ont repris le pouvoir en Afghanistan en 2021, de l'autre côté de la frontière.
Les autorités enquêtent pour comprendre comment une faille de sécurité majeure a pu se produire dans l'une des zones les plus contrôlées de la ville, qui abrite les bureaux du renseignement et de la lutte contre le jihadisme.
- Vie "difficile" -
"La vie dans la ville est devenue difficile. La police nous arrête à chaque point de contrôle", a déclaré Faisal Khan, 39 ans, un vendeur qui dit éviter désormais de se rendre à la mosquée et prier chez lui.
Peshawar, la capitale de la province de Khyber Pakhtunkhwa, a été, comme une grande partie de la région, gravement meurtrie par une vague de violences perpétrées par les talibans pakistanais après leur apparition en 2007.
Des années d'attentats contre des écoles, des civils et des lieux de culte, ont finalement pris fin avec une opération militaire qui a débuté en 2014, repoussant les insurgés vers la frontière montagneuse et l'Afghanistan.
La violence a considérablement diminué jusqu'à ce que le retrait des troupes américaines et de l'Otan en Afghanistan en 2021 entraîne le retour des talibans à Kaboul, enhardissant les groupes armés dans la région frontalière.
Les talibans pakistanais, connus sous le nom de Tehreek-e-Taliban Pakistan (TTP), ont adopté une nouvelle stratégie, ciblant les forces de sécurité et privilégiant généralement des attaques de faible envergure.
Le groupe n'a pas revendiqué l'attaque de cette semaine, mais la police cherche à savoir si un affilié du TTP n'est pas impliqué.
"Auparavant, je me sentais en sécurité près de la police, mais aujourd'hui, lorsqu'une voiture de police ou des officiers passent près de moi, j'ai peur dans mon cœur qu'ils soient attaqués et que je sois également blessé", a déclaré à l'AFP Muhammad Haneef Awan, 55 ans.
Le pays est en outre quasiment paralysé par une double crise économique et politique qui a fait grimper le coût de la vie.
Dans l'attente d'élections générales en octobre, le parti au pouvoir et l'opposition s'accusent mutuellement de la dégradation de la situation en matière de sécurité.
Le ministre de la Défense, Khawaja Asif, a déclaré que le Comité de sécurité nationale se réunira bientôt pour discuter d'une nouvelle opération militaire contre les groupes d'insurgés.
Ch.Campbell--AT