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Ukraine: des sanctions contre la Russie, un gazoduc phare visé
Les pays occidentaux ont promis mardi de lourdes sanctions contre la Russie après la reconnaissance de régions séparatistes en Ukraine où Moscou compte déployer des soldats, Berlin annonçant d'ores et déjà la suspension d'un gazoduc cher au Kremlin.
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a appelé ses alliés à frapper fort et indiqué qu'il envisageait de rompre les relations diplomatiques avec Moscou, qu'il accuse de vouloir poursuivre son "agression militaire".
A Moscou, le président Vladimir Poutine s'est défendu de vouloir "reconstituer un empire" et le Kremlin a assuré qu'il restait "ouvert" à la diplomatie, alors que les critiques internationales pleuvent depuis lundi et que Kiev l'a accusé de vouloir "ressusciter l'URSS".
Sourd à ces accusations, le Parlement russe a approuvé comme un seul homme mardi les accords signés la veille par M. Poutine avec les séparatistes ukrainiens des régions de Donetsk et Lougansk, qui combattent les forces de Kiev depuis 2014.
Dans la nuit de lundi à mardi, M. Poutine a aussi ordonné à son armée de se déployer dans ces "républiques" sécessionnistes, au risque d'aggraver un conflit qui a déjà fait plus de 14.000 morts.
Aucun calendrier ni l'ampleur de ce déploiement n'ont été annoncés, mais la Russie dispose de plus de 150.000 hommes, selon Washington, aux frontières ukrainiennes, une armada susceptible de mener une invasion.
- Sanctions "massives" -
Des Etats-Unis à l'Union européenne en passant par l'Otan, la décision russe a été largement condamnée par le camp occidental.
Face à l'amputation de son territoire, M. Zelensky a réclamé, plus que des mots, à punir ce "nouvel acte d'agression" russe, avec notamment "l'arrêt total" du projet de gazoduc Nord Stream 2 qui doit acheminer du gaz russe en Allemagne.
Peu après, le chancelier allemand Olaf Scholz a annoncé la "suspension" du processus d'autorisation de ce gazoduc cher à Moscou, ajoutant que d'autres mesures pourraient suivre.
Il a aussi assuré que l'UE allait prendre des sanctions "massives et robustes". Elles pourraient viser les banques russes et l'accès aux marchés européens.
A Washington, Joe Biden a publié lundi un décret interdisant toute transaction par des personnes américaines avec les régions séparatistes, un paquet a minima. La Maison Blanche a promis de "nouvelles sanctions" pour mardi.
Outre l'ampleur du déploiement russe, une question cruciale sera celle des frontières des "républiques" séparatistes: la ligne de front actuelle ou les limites des régions administratives de Donetsk et Lougansk définies par Kiev, bien plus vastes, que revendiquent les sécessionnistes.
Les responsables russes sont restés flous.
- "Ressusciter l'URSS" -
D'ores et déjà, dans les rues de Kiev, la reconnaissance par Moscou des régions séparatistes suscite la peur d'un emballement.
"Je suis vraiment sous le choc, car j'ai beaucoup de famille" dans l'est de l'Ukraine, déclare à l'AFP Artem Ivaschenko, 22 ans et originaire de Donetsk. "Cela fait huit ans que je vis à Kiev" et "c'est la nouvelle la plus terrifiante en huit ans", ajoute-t-il.
Le ministre ukrainien de la Défense Oleksiï Reznikov a prévenu mardi que des "épreuves difficiles" attendaient l'Ukraine, avec "des pertes" et de la "douleur".
Il a en outre accusé le Kremlin de chercher à "ressusciter l'URSS", dont l'Ukraine fut membre jusqu'à son effondrement en 1991.
Face à cette crise majeure, le Conseil de sécurité de l'ONU s'est réuni en urgence dans la nuit de lundi à mardi et représentants occidentaux et russe s'y sont affrontés.
"Les prochaines heures et jours seront critiques. Le risque de conflit majeur est réel", a déclaré lors de cette réunion la secrétaire générale adjointe de l'ONU, Rosemary DiCarlo.
- Les obus tombent -
Lundi, M. Poutine a vivement critiqué l'Occident et sommé l'Ukraine de cesser ses "opérations militaires" ou d'assumer la poursuite des "effusions de sang", des déclarations largement entendues comme une menace.
Sur la ligne de front ukrainienne, où les échanges de tirs avaient explosé ces derniers jours, la situation semblait plus calme dans la matinée.
A Chtchastia, petite ville de l'est située près des zones séparatistes, des habitants nettoyaient mardi les dégâts d'obus tombés la nuit précédente sur un quartier résidentiel.
Valentyna Chmatkova, 59 ans, dormait quand les projectiles sont tombés, soufflant les vitres de son deux-pièces. "On ne s'y attendait pas. On ne pensait pas que l'Ukraine et la Russie n'arriveraient pas à s'entendre au final", déplore-t-elle.
"Je pensais qu'il n'y aurait pas de conflit", reprend-elle. "Je pensais que notre président (Zelensky) et le président russe étaient intelligents et prudents".
burx-gkg/alf/sg
A.Anderson--AT