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A Kiev, du yoga dans le noir pour tenir face à la guerre
Une après une, des femmes arrivent dans un studio de yoga, au rez-de-chaussée d'un immeuble résidentiel plongé dans le noir à Kiev. Elles se précipitent à une séance du soir adaptée aux privations imposées par l'invasion russe.
L'électricité et le chauffage étant coupés par des frappes russes sur les infrastructures énergétiques, les yogis sont vêtus des pulls épais et chaussettes en laine par-dessus leurs débardeurs et leurs leggings habituels.
La monitrice, Galyna Tkatchouk, leur montre des exercices de respiration rapide appelés Kapalabhati et destinés à les réchauffer le plus rapidement possible.
Avant la dernière pose -- Shavasana ou pose de cadavre -- elle emmaillote ses clientes dans de lourdes couvertures pour qu'elles ne frissonnent pas.
Vers la fin de la session, Mme Tkatchouk espère avoir réussi à fournir une pause brève mais nécessaire pour réduire le stress provoqué par la guerre, dont l'impact s'est aggravé du fait des coupures de courant en plein hiver, à Kiev et ailleurs dans le pays.
A la suite de la dernière série de frappes ayant notamment touché Kiev lundi, la capitale ukrainienne, qui comptait plus de 3 millions d'habitants avant la guerre, s'est de nouveau retrouvée face à de longues coupures d'électricité, de chauffage et d'eau
En faisant du yoga, certaines femmes ont même enlevé leur couches de vêtements supplémentaires, rendant un peu au studio son air d'avant-guerre.
"Tout le monde cherche un moyen de survivre et de rester sain d'esprit dans cette situation, et le yoga est une bonne option", souligne Mme Tkatchouk, debout dans la faible lumière de l'unique lampe du studio.
- Explosion de la demande -
"Comment ça aide? Cela détourne l'attention de diverses pensées négatives, vous ne pensez à rien d'autre qu'à la paix intérieure, à la positivité", confirme Viktoria, une employée de banque de 44 ans. "Bien sûr qu'il fait froid, vous voyez que je suis en pull... mais il faut s'adapter aux conditions actuelles".
Pour Mme Tkachuk, 54 ans, le yoga offre un répit face à la succession de crises en Ukraine depuis près d'une décennie.
Elle a commencé sa pratique en 2013, en plein mouvement de protestation pro-européen sur la place centrale de Kiev, le Maïdan. Baptisé "Révolution de dignité" et réprimé dans le sang, il s'est soldé début 2014 par la fuite en Russie du président pro-Moscou Viktor Ianoukovitch suivie de sa destitution.
Ont suivi l'annexion de la Crimée par la Russie puis huit ans de guerre dans l'Est contre des séparatistes parrainés par Moscou.
"J'étais très inquiète de ces problèmes à l'époque", dit la monitrice se rappelant cette "période difficile".
Le studio où elle travaille –- nommé Ram, du nom de son propriétaire indien -– a ouvert ses portes en 2015 et prospéré jusqu'à l'invasion russe en février.
Le chaos des premières semaines de la guerre l'a forcé à clore temporairement, mais Ram a rouvert en avril quand d'autres studios restaient encore fermés découvrant avec surprise une forte hausse de la demande.
"Immédiatement, dès le premier entraînement après notre réouverture, beaucoup de monde est venu. Je ne m'y attendais pas, il y en avait vraiment beaucoup", raconte Mme Tkatchouk.
Parmi les premiers se trouvait Maria Mykhaïlenko, 17 ans, qui vante un régime de "yoga, thé et méditation" pour l'avoir aidée à traverser la guerre.
"L'absence du chauffage ici n'est pas un problème, vous pouvez vous habiller plus chaudement", estime l'adolescente. Elle aime particulièrement quand le studio est éclairé à la bougie, faute de courant.
Les fréquentes coupures d'Internet dans le quartier où se trouve le studio signifient que les clients ne peuvent souvent pas s'inscrire aux cours à l'avance, ce qui rend impossible de prédire combien d'eux viendront tel ou tel jour.
Mais Mme Tkachuk n'y voit qu'un souci mineur préférant se concentrer sur le bien-être de ceux qui viennent.
"D'une manière générale, c'est bon pour la santé mentale et physique... et pas seulement pendant la guerre", ajoute-t-elle. "Maintenant, ce besoin s'est simplement intensifié."
O.Ortiz--AT