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Kohler, le point cardinal de Macron
Alexis Kohler, mis en examen lundi dans l'enquête sur ses liens avec l'armateur MSC, occupe depuis 2017 une place centrale à l'Elysée où le secrétaire général canalise, arbitre et parfois bride, selon ses contempteurs, les grandes décisions tout en restant dans l'ombre d'Emmanuel Macron.
Il est difficile d'imaginer l'un sans l'autre, après plus de huit années de collaboration étroite, du ministère de l’Économie jusqu'à la présidence de la République en passant par les campagnes victorieuses de 2017 et 2022.
Au point que la question de son maintien à l’Élysée après la présidentielle avait été âprement débattue au printemps, dans la classe politique qui y voyait "l'une des clés de l’orientation" du second quinquennat d'Emmanuel Macron.
Mais, alors que certains le voyaient prendre la lumière à la tête d'un grand ministère, ce fidèle âgé de 49 ans a rempilé à son poste aux exigences monacales.
Avant l'élection, un poids lourd de la majorité s'était amusé de l'image de "confiné zéro" d'Alexis Kohler, "entré à l’Elysée en mai 2017 et jamais ressorti depuis".
Les rares fois où son nom ait été cité dans les médias sont liées aux remaniements importants - le secrétaire général ayant la tâche d'annoncer les noms des ministres sur le perron de l’Élysée - et dans l'affaire MSC.
Après des articles du site Mediapart, une information judiciaire avait été ouverte en juin 2020 sur ses liens familiaux et professionnels avec MSC, un armateur italo-suisse fondé et dirigé par les cousins de sa mère, la famille Aponte. Elle a débouché sur une mise en examen le 23 septembre, qui a été rendue publique lundi.
Alexis Kohler "conteste avec force avoir commis tout délit", selon son avocat, et l'Elysée a précisé qu'il restait à son poste.
- Garde-barrière -
Unanimement admiré pour son ardeur à la tâche, son "intelligence et sa capacité d'analyse", M. Kohler cultive une réputation ambivalente.
D'un côté, le secrétaire général a été depuis 2017 le garde-fou des mesures élaborées à l'emporte-pièces et face aux fulgurances d'un chef de l'Etat parfois aussi transgressif qu'insoucieux de leur mise en oeuvre.
"Il souhaite qu'on propose des choses qu'on pourra faire", décrit un député influent. "Il évite beaucoup de dingueries", selon l'ex-secrétaire d'Etat Cédric O, un autre marcheur de la première heure.
De l'autre, il est le garde-barrière, filtrant l'accès à M. Macron - ce qui lui vaut des inimitiés parmi les conseillers - parfois arbitrant au nom du président, quitte à être vu par un familier du Palais comme "le castrateur en chef".
En somme, Alexis Kohler serait "le représentant du pouvoir de la technocratie auprès de Macron", résume l'un de ses détracteurs dans l'entourage du président.
Une accusation récurrente, alimentée notamment lors de la crise des "gilets jaunes", durant laquelle cet énarque, passé par la direction générale du Trésor, n'aurait pas vu sourdre la colère potentielle contre la taxe carbone.
S'il puise des "racines intellectuelles dans le rocardisme", Alexis Kohler n'admet aucune autre "matrice idéologique que celle du président": "Il faut que chacun soit à sa place", dit-il en privé.
Une influence silencieuse, qu'il aime étendre aux "cuisines" des décisions rendues, en empruntant, avec son humour pince-sans-rire, cette citation à Otto von Bismarck: "Les lois c'est comme les saucisses, il vaut mieux ne pas être là quand elles sont faites".
En retrait donc, mais sans esquiver les coups puisque l'avenir d'Alexis Kohler pourrait dépendre de deux procédures en cours, celle de MSC et une enquête du Parquet national financier ouverte en juin 2021 sur des soupçons de "trafic d'influence" qui le visent, ainsi que des responsables de Veolia et d'Engie, autour de la fusion Veolia-Suez.
S.Jackson--AT