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Le report du plan canicule pour l'agriculture inquiète face à l'urgence dans les fermes
Le report "de quelques jours" des annonces du gouvernement pour soutenir l'agriculture face à la sécheresse inédite et aux canicules à répétition inquiète les syndicats tant la situation de certains agriculteurs est désespérée.
"Les montants étant conséquents, nous avons besoin de quelques jours en plus de concertations entre les ministères", a justifié mercredi celui de l'Agriculture dans un message adressé à la presse, alors que le plan d'urgence devait être annoncé jeudi.
"Quelques jours, ça ne peut pas être quelques semaines", a réagi Arnaud Rousseau, président de la FNSEA, lors de la conférence de presse de rentrée du syndicat.
"Le blé commence à se semer le 20-25 septembre en France, la décision c'est maintenant. Le rachat du fourrage" pour ne pas envoyer les bêtes à l'abattoir "c'est maintenant", a-t-il ajouté.
Selon lui, "le pronostic vital de l'agriculture a été engagé" et plusieurs sondages montrent que les agriculteurs se posent la question d'arrêter ou suspendre leur activité faute de pouvoir acheter de quoi semer ou nourrir les animaux tant la repousse des prairies se fait attendre.
Son allié, le syndicat des Jeunes agriculteurs (JA), s'est montré encore plus impatient, affirmant que le report sine die des annonces était un signal "particulièrement négatif adressé au monde agricole".
"Le gouvernement ne semble pas avoir pris la mesure de l'ampleur de la crise qui couve dans les campagnes", ont ajouté les JA dans un communiqué.
Le porte-parole de la Confédération paysanne, Stéphane Galais, a prévenu que si le report aboutissait à un dispositif pour "accompagner un plan social qui ne dit pas son nom" et qui ne soutiendrait que "les plus forts" plutôt qu'à un "plan ambitieux attendu", ce serait "un scandale".
Le président de la Coordination rurale Bertrand Venteau a dit à l'AFP n'être "pas surpris" du report et que le deuxième syndicat agricole n'avait "pas été consulté". Selon lui, le gouvernement est "rattrapé par la guerre budgétaire mais les agriculteurs ne peuvent pas attendre".
- "Détresse" -
L'ensemble des syndicats a tiré la sonnette d'alarme sur la "détresse" dans les fermes.
La FNSEA appelle à de "l'intelligence administrative", notamment lors des contrôles dans les fermes. Il cite l'exemple des agriculteurs qui n'ont pas pu semer de couverts végétaux ou faire fleurir leurs jachères tant les sols sont secs et les précipitations faibles, et qui peuvent être sanctionnés -- certaines aides notamment européennes étant conditionnées à ces pratiques agroécologiques.
"Quand on a un accident sur la route, on vous prend d'abord en charge", a déclaré Arnaud Rousseau, même si, contrairement à la Coordination rurale, il n'a pas appelé à la suspension des contrôles dans les fermes. Bertrand Venteau a réitéré sa demande de supprimer carrément l'Office français de la biodiversité, qui mène ces contrôles pour financer les aides.
La FNSEA s'est aussi distinguée de son allié, les Jeunes agriculteurs, qui ont appelé à une "contribution générale sur l'impôt", sur le modèle de l'"impôt sécheresse" mis en place en 1976, afin de soutenir à plus long terme les investissements nécessaires au maintien de l'activité.
Son président a estimé que faire voter un impôt serait trop long et qu'il préférait que les consommateurs acceptent de payer "quelques centimes" plus chers des légumes "avec la gueule cassée" ne correspondant pas aux calibres habituels.
- "Electrochoc" -
Arnaud Rousseau s'est également opposé à une aide forfaitaire, mesure proposée par la Confédération paysanne, troisième syndicat, affirmant qu'il préférait des enveloppes à la main des préfets.
Stéphane Galais a redit la nécessité d'une aide directe de 5.000 euros par agriculteur, soit un total de deux milliards, pour qu'aucune ferme ne disparaisse. "Tous les syndicats ne défendent pas cet objectif, on l'entend dans les réunions", a-t-il ajouté.
Concernant le chiffrage des aides, la FNSEA n'a pas souhaité s'avancer même si, selon Arnaud Rousseau, le total des dégâts pourrait dépasser les 10 milliards.
Se disant "lucide" sur l'état des finances publiques, il n'attend pas du gouvernement une aide directe correspondant aux pertes mais espère un "électrochoc" de plusieurs milliards d'euros pour renflouer les trésoreries et relancer les productions pour 2027.
La Coordination rurale attend elle une compensation de toutes les pertes: "on ne peut pas demander moins quand on est un syndicat", a déclaré Bertrand Venteau.
Ch.P.Lewis--AT