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Autour d'Evian, 30 ans d'adaptation des pratiques agricoles pour protéger l'eau minérale
En trente ans, Julien Curdy a abandonné les engrais de synthèse, réduit les pesticides et renforcé la protection de ses prairies, situées aux alentours de la source d'Evian. L'exigence des minéraliers et l'accompagnement financier de Danone lui ont permis de "passer ces caps".
La protection des captages d'eau potable, notamment en adaptant les pratiques agricoles sur les aires d'alimentation, a entraîné des crispations ces dernières années entre le monde agricole et les collectivités chargées de préserver la ressource en eau face aux pollutions (pesticides, PFAS, métaux lourds, etc.). Des tensions cristallisées dans la loi d'urgence agricole.
Pour les eaux minérales naturelles, qui ne peuvent pas être traitées comme l'eau du robinet, la protection est un sujet ancien.
"Danone a choisi le modèle de partenariat avec le monde agricole et les collectivités", avec une adaptation progressive des pratiques, sans conflit ouvert, selon Cathy Le Hec, directrice des sources d'eaux minérales du groupe.
"Le risque de polluants anthropiques d'origine agricole a été identifié dès 1971 par les minéraliers sur le terrain, et confirmé par le rapport ministériel Hénin de 1979, mais n'a pas été suivi d'évolution réglementaire pour la protection des gisements d'eau minérale naturelle", écrit Guillaume Pfund, qui a soutenu une thèse sur l'exploitation de l'eau minérale.
Les minéraliers ont mis en place différentes stratégies: achat des terres agricoles sur l'impluvium, cette zone où s'infiltre l'eau de pluie qui finira par atteindre la source, partenariats ponctuels avec les agriculteurs ou, dans le cas de Danone à Evian (Haute-Savoie), la création en 1992 d'une association, l'Apieme, qui réunit entreprises, collectivités, ONG et des dizaines d'agriculteurs qui exploitent 60% des 35 km² de l'impluvium.
- Risque nitrates -
A partir de 1984, les quotas laitiers européens ont forcé beaucoup d'agriculteurs locaux de la génération du père de Julien Curdy à abandonner leur deuxième travail à l'usine d'embouteillage d'Evian pour agrandir leur ferme.
Avec l'augmentation du nombre de vaches, le volume des effluents du bétail a explosé et les agriculteurs ont pris l'habitude de les épandre à proximité de leur ferme - "car ça coûtait moins cher que d'aller plus loin" - ou de les enfouir sur quelques parcelles, où la concentration en nitrates a explosé, explique l'agriculteur.
Face au risque de voir les nitrates, contenus dans les fertilisants, polluer l'eau, qui s'infiltre au niveau des prairies avant d'entamer un voyage de quinze ans dans la roche pour atteindre la source Evian, la première action de Danone, qui finance l'Apieme aux deux tiers, a été d'aider financièrement les agriculteurs à épandre à plus de 3 km.
S'est ensuite posée la question de l'odeur du lisier, pour la population en croissance mais aussi pour les vaches pâturant dans les prairies ainsi fertilisées.
Un projet de méthaniseur financé à 60% par l'Apieme et alimenté par les effluents permet depuis 2016 de produire un digestat fertilisant sans odeur. Ce qui a permis d'abandonner presque totalement les engrais de synthèse.
La réflexion continue. Pour le désherbage, "sur le bidon, c'est écrit un litre par hectare, mais c'est dans le pire des cas", précise Julien Curdy. Avec le soutien de l'Apieme, les agriculteurs formés ont réduit les doses.
- Exemple à suivre -
Il y a quelques mois, leur coopérative a évalué le coût d'un passage à l'agriculture biologique. Les agriculteurs n'ont pas assez d'hectares de céréales pour rentabiliser une machine de désherbage mécanique, mais "la réflexion est ouverte", affirme l'éleveur.
D'autant que l'Apieme les a déjà accompagnés quand ils ont investi dans un semoir de précision afin d'éviter le labourage intensif, dans une nouvelle fromagerie destinée à la coopérative pour soutenir leurs revenus et quand ils ont expérimenté de nouvelles cultures, comme le sorgho, plus résistantes à la chaleur pour compenser les années de sécheresse dans les prairies.
Aujourd'hui, 93% des surfaces agricoles de l'impluvium de la source Evian sont exploitées sans pesticides ni engrais de synthèse, se félicite Cathy Le Hec. Les "polluants émergents et le changement climatique" restent des défis, mais le modèle à Evian a convaincu les agriculteurs autour des autres sources du groupe Danone d'adapter leurs pratiques. "L'eau minérale est un accélérateur de leur adaptation", selon la dirigeante.
Sur sa ferme, Julien Cordy recycle des bouteilles d'Evian en abreuvoir à lapins. Mais l'eau vient du réseau et non de la source qui coule à quelques mètres du clapier.
P.A.Mendoza--AT