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Dans un bidonville italien, des travailleurs à bout de forces sous la chaleur
Une odeur de chèvre rôtie et d'ordures brûlées emplit l'air du tentaculaire bidonville de Borgo Mezzanone, dans le sud de l'Italie. Entre ses champs calcinés par le soleil et ses baraques en tôle ondulée, les travailleurs migrants sont accablés par la chaleur.
Harassés par des heures de labeur, en pleine canicule qui frappe l'Europe, des cueilleurs de fruits rentrent à vélo sur ce campement qui s'étend entre les pistes désaffectées d'un ancien aérodrome militaire. Ils n'y trouvent ni ombre, ni eau potable, ni sanitaires.
"C'est très difficile, il fait très chaud, on ne dort pas la nuit", confie à l'AFP Florence Ekhatoro, une Nigériane de 47 ans.
Malgré la chaleur étouffante, elle s'apprête à allumer un feu sur le pas de sa porte pour faire cuire des pâtés de poisson et de viande qu'elle compte vendre.
Florence Ekhatoro fait partie des habitants les plus chanceux: elle a réussi à obtenir une petite construction en briques lorsqu'elle s'est installée ici il y a neuf ans. Un ventilateur ronronne bruyamment sous les images de saints accrochées aux murs.
Six bidons d'eau en plastique sont posés près de la porte d'entrée. Aller les remplir, à l'autre bout du campement, relève de l'épreuve, surtout lorsque les violents orages estivaux transforment les chemins de terre en bourbier.
Tant bien que mal, les habitants utilisent un chariot de supermarché pour transporter les bidons entre les deux points d'eau fournis par les autorités locales. Une fois l'eau récupérée, il faut la faire bouillir pour la boire ou se laver.
"C'est dur… certains vont travailler, rentrent et se couchent sans se laver", témoigne Mamadou Sarafou Diallo, un Guinéen de 40 ans originaire de Conakry.
- "Ghetto insalubre" -
Situé à la périphérie de Foggia, dans les Pouilles, ce bidonville, qui existe depuis 2005, compte jusqu'à 4.000 habitants durant la haute saison estivale, lorsque les travailleurs saisonniers viennent cueillir melons, abricots et cerises.
L'Italie s'est vu attribuer quelque 54 millions d'euros par l'UE pour reloger les travailleurs migrants dans des logements décents. Mais faute d’avoir été utilisés dans les délais impartis, ces financements ont été perdus, malgré la nomination d'un commissaire spécial.
Le député Marco Pellegrini, originaire de Foggia, qui s'est rendu sur place, a dénoncé les "conditions de vie inhumaines" à Borgo Mezzanone au début du mois.
La perte de ces fonds européens est un "échec total" de la coalition de droite de Giorgia Meloni, dénonce auprès de l'AFP ce membre du Mouvement Cinq Étoiles (M5S), parti d'opposition.
Il soupçonne le gouvernement d'avoir freiné le processus car il "voyait d'un mauvais œil la tentative de régularisation" des migrants.
Sollicité, le ministère compétent n'a pas répondu dans l'immédiat.
"Les migrants sont souvent exploités, contraints de travailler à un rythme épuisant dans les champs pour un salaire dérisoire, puis de retourner dans un ghetto insalubre", déplore M. Pellegrini.
- Environnement "désertique" -
Vivre dans ce campement "désertique" n'est pas sans conséquence pour la santé physique et mentale, explique à l'AFP la médecin Camilla Faragona de l'organisation humanitaire Intersos, qui fournit gratuitement des soins de santé et une assistance sociale.
"Il s'agit de jeunes gens en bonne santé, arrivés peut-être récemment en Italie, mais dont la santé se détériore d'année en année en raison de ces conditions de vie et de l'exploitation au travail", relève-t-elle.
Francesca Palazzo, responsable de projet pour Intersos à Foggia, explique que "les personnes qui rentrent des champs n'ont pas la possibilité de se rafraîchir". "Ils souffrent de la chaleur et de la soif", les principaux motifs de consultation, souligne-t-elle.
Pendant qu'elle parle, des ouvriers font la queue devant la clinique mobile, stationnée à la périphérie du bidonville. Des chiens faméliques errent en quête d'eau. Plus loin, des vaches promises à l’abattoir broutent sur des amas de déchets.
Mme Palazzo se souvient, lors d'une précédente vague de chaleur, d'un jour où elle avait croisé un jeune homme en larmes devant sa baraque.
"Il était seul et avait recueilli deux chiots errants. Mais ils sont morts de chaleur."
G.P.Martin--AT