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Réchauffement record et menaces sur l'observation de la Terre: l'alerte de scientifiques du climat
Le réchauffement planétaire s'intensifie et la montée des eaux s'accélère, alerte jeudi un groupe de scientifiques du climat de premier plan, qui craignent en outre la disparition de plusieurs systèmes d'observation du climat en raison de choix budgétaires et "géopolitiques".
Plus de 70 scientifiques, issus de 17 pays - dont plusieurs auteurs du Giec, le groupe d'experts du climat mandatés par l'ONU - ont mis à jour 12 indicateurs clés du réchauffement planétaire, dans la quatrième édition d'une étude de référence désormais publiée tous les ans.
"Ces indicateurs constituent un suivi essentiel des signes vitaux d'un patient présentant des symptômes de plus en plus inquiétants", souligne Peter Thorne, professeur de géographie physique à l'université de Maynooth (Irlande) et membre du Giec.
Mais ils sont aujourd'hui "fragilisés ou menacés par des choix géopolitiques" ou "portant sur les financements publics", a souligné Valérie Masson-Delmotte, paléoclimatologue française et ancienne coprésidente d'un groupe de travail du Giec.
- 2030 -
En 2025, le réchauffement de la planète a atteint 1,39°C par rapport à la période préindustrielle (1850-1900), dont 1,37°C attribuable à l'homme, estiment les chercheurs.
Avec un rythme de 0,27°C de réchauffement d'origine anthropique par décennie, la "rapidité du réchauffement causé par l'homme reste à son plus haut niveau à ce jour", note l'étude, publiée dans la revue Earth System Science Data.
Le "déséquilibre énergétique de la Terre", différence entre l'énergie solaire qui entre et celle qui est renvoyée vers l'espace, a doublé ces dernières décennies.
"Sans influence humaine, il devrait être proche de zéro, mais il augmente depuis les années 1970 et atteint aujourd'hui un niveau record", explique Piers Forster, professeur de climatologie physique à l'Université de Leeds (Grande-Bretagne) et coordinateur du rapport.
Le réchauffement rapide est dû à la combinaison de deux principaux facteurs: des émissions de gaz à effet de serre, majoritairement dues à la combustion du charbon, du pétrole et du gaz, à un niveau record; et la réduction de la pollution par les aérosols, qui fait baisser l'effet refroidissant lié à la réflexion du rayonnement solaire par ces particules.
Certes, "certains éléments indiquent que la croissance des émissions de CO2 ralentit", est-il rapporté.
Mais cela ne suffira pas pour limiter le réchauffement planétaire à 1,5°C, comme inscrit dans l'accord de Paris en 2015.
Sans baisse du rythme des émissions, le seuil sera atteint autour de 2030, estiment les experts.
"Étant donné que les émissions de gaz à effet de serre sont toujours en hausse, maintenir le réchauffement climatique en dessous de ce seuil semble désormais impossible", résume Aurélien Ribes, climatologue chez Météo-France.
- Moins de mesures? -
Le niveau des mers s'est élevé de 23 cm entre 1901 et 2025, selon les dernières mesures, à un rythme qui a doublé, désormais de 3,84 mm par an.
Le nombre annuel de jours de vagues de chaleur marine a plus que triplé depuis 1991, et a atteint 65 jours en 2025.
Ce rapport annuel fournit à la communauté internationale les données les plus à jour, en utilisant les méthodologies du Giec et sans attendre ses prochains rapports, attendus à partir de 2028.
Il s'appuie sur une quarantaine d'ensembles de données provenant de satellites et d'un large éventail d'instruments terrestres, maritimes et aériens, notamment des stations météorologiques, des navires, des bouées et des ballons-sondes.
Mais en raison de coupes budgétaires, plusieurs programmes satellitaires et d'observation de la Terre sont en péril, notamment aux Etats-Unis.
"Les observations océaniques, en particulier, sont largement financées par un seul pays, et ce dernier a récemment annoncé son intention de cesser de les financer", déclare Samantha Burgess, du Centre européen pour les prévisions météorologiques à moyen terme.
Ces observations sont "absolument essentielles" pour comprendre comment les océans absorbent la chaleur et comment cela influence les régimes météorologiques et la circulation océanique.
Mais "il ne s'agit malheureusement pas que d'un seul pays", ajoute-t-elle.
Le rapport note également que le financement de l'Organisation météorologique mondiale a diminué, que celui du Programme mondial de recherche sur le climat (PMRC) a été réduit de moitié et que le Système mondial d'observation du climat "est également menacé".
J.Gomez--AT