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Consigne sur les bouteilles plastiques: élus et associations font bloc contre le "greenwashing"
Les associations d'élus et ONG environnementales ont fait bloc vendredi contre le projet de consigne du gouvernement sur les bouteilles en plastique, dénonçant le "greenwashing" que constituerait selon elles cette "fausse consigne", en ne réduisant pas les 15 milliards de bouteilles mises en circulation chaque année.
A la demande d'Emmanuel Macron, le gouvernement a lancé fin mai une concertation en vue de mettre en place une consigne sur les bouteilles en plastique.
Le système consisterait à installer des bacs dans les supermarchés pour récupérer les bouteilles usagées, moyennant "quelques centimes pour les consommateurs" selon le gouvernement, "vingt centimes" pour les associations d'élus.
Les règles européennes imposent un objectif de collecte à hauteur de 90% des bouteilles plastiques d'ici 2029 mais également de sortir du plastique à usage unique d'ici 2040.
"Nous sommes en colère et frustrés parce que c'est la troisième fois que le gouvernement ressort la fausse consigne pour faire avancer les objectifs de recyclage, mais il y a cette fois une volonté de nous faire avancer au pas de charge", a regretté Jean-François Vigier, vice-président de l'Association des maires de France, lors d'une conférence de presse réunissant l'ensemble des associations d'élus, France Nature Environnement et des industriels du recyclage.
Selon eux, le dispositif porté par le gouvernement ne répond en rien à l'enjeu de réduction pérenne de la bouteille plastique et sert même "à légitimer le plastique à usage unique en se targuant d’un recyclage qui est en réalité peu efficace". "Un exemple typique de stratégie de greenwashing", accusent les élus.
Avec seulement 26% d'emballages plastiques recyclés, la France compte parmi les mauvais élèves de l'Union européenne, et verse une pénalité d'1,5 milliard d'euros par an.
Des arguments "en trompe-l'oeil" selon les opposants à la consigne, puisque la bouteille plastique est déjà "l'un des déchets plastiques les mieux recyclés", et ne représente "qu'environ 10% des emballages plastiques". A contrario, les emballages plastiques non-recyclables sont eux "toujours commercialisés".
-"Démantèlement"-
Selon leurs calculs, la consigne ne réduirait la facture que de 4 à 6%, à 1,4 milliard d'euros.
Elle ne permettra pas davantage de réemploi, les bouteilles plastiques ne pouvant être réemployées pour des raisons sanitaires, mais seulement recyclées jusqu'à deux à trois fois, moyennant l'injection d'une part de matière plastique neuve. Quant aux bouteilles non-recyclables, elles atterrissent dans un incinérateur ou un centre d'enfouissement.
"La véritable consigne est celle pour le réemploi, et en particulier des bouteilles en verre, ces dernières pouvant être lavées et réutilisées (quasi) à l'infini", insistent élus et associations écologistes.
Si la loi Agec de 2020 impose de diviser par deux le nombre de bouteilles plastiques d'ici 2030, le nombre de bouteilles vendues en France stagne toujours et les ventes d'eaux embouteillées ont même progressé de 3,3% en 2025.
"L'urgence environnementale, c'est la réduction de la production de bouteilles en plastique à la source", plaide Axèle Gibert, de France Nature Environnement, rappelant qu'on consomme chaque heure en France "plus d'un million de bouteilles en plastique".
Le réemploi n'étant pas obligatoire, les producteurs n'ont aujourd'hui "aucun intérêt économique à avancer", selon l'experte, qui pointe aussi l'impact du plastique sur la santé. "Une étude récente a montré qu'on retrouvait des micro-plastiques dans le placenta des femmes enceintes", rappelle-t-elle.
A ces arguments s'ajoute celui du coût pour les collectivités et in fine pour les consommateurs.
"On prend la bouteille du bac jaune et on la donne aux industriels", résume Jean-François Vigier, qui dénonce un "démantèlement du service public".
La consigne priverait les collectivités d'une manne financière alors qu'elles ont beaucoup investi récemment dans la modernisation de leurs centres de tri.
Les élus pointent aussi un risque d'inégalités territoriales, dans la mesure où tous les consommateurs, notamment en zone rurale, n'auront pas accès aux points de collecte alors que le prix de la bouteille, lui, "augmentera mécaniquement".
"Les industriels empocheront une double rente: la consigne non récupérée et la matière recyclée", alertent-ils.
Les associations d'élus proposent un "plan plastique" en 14 mesures, dont la généralisation du tri unique dans les entreprises et l'espace public, et l'arrêt de la commercialisation des emballages non-recyclables.
A.Clark--AT