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Kinshasa envahie par les déchets
Avec son vieux tricycle à ordures, Michael Mahunda sillonne les rues cahoteuses de Kinshasa et ramasse des poubelles qu'il va déverser, comme tout le monde, dans des décharges sauvages qui envahissent la tentaculaire capitale de la République démocratique du Congo.
Dans sa carriole aux ridelles rehaussées s'entassent en vrac déchets plastique, cartons et toutes sortes de détritus ménagers.
Il traverse la ville de quelque 17 millions d'habitants, zigzague entre les nids-de-poule et, au bout du périple, vide sa remorque dans un quartier de banlieue, sur un énorme tas d'immondices. Une parmi les nombreuses décharges à ciel ouvert éparpillées à travers les 24 communes de la capitale congolaise.
"Partout, il y a des ordures et il n'y a pas d'endroit fixe où les jeter. C'est le problème", déclare à l'AFP l'homme de 42 ans, père de deux enfants, qui dit gagner avec son travail d'éboueur environ 250 dollars par mois.
La ville produit quelque 7.800 tonnes de déchets solides par jour, selon une étude publiée en 2023 dans le journal scientifique Heliyon.
Les autorités, institutions internationales et diverses organisations ont déjà lancé des projets pour tenter de venir à bout du problème. D'autres sont en gestation.
Mais la plupart des initiatives ont eu jusqu'à présent une durée de vie limitée et il n'existe toujours pas de système centralisé de collecte et de traitement des déchets.
Les ordures s'accumulent dans les rivières, les rues et tous les coins de la ville bordant le fleuve Congo. Depuis des années déjà, la capitale de l'ex-Zaïre a perdu son nom de "Kin la belle" au profit d'un moins reluisant "Kin la poubelle".
- "C'est dégueulasse" -
"Primo, c'est dégueulasse, et secondo, vraiment pas bon", lâche d'un air dégoûté Roger Odiekila, un habitant de Kintambo, dans le nord-ouest de la ville, rencontré près d'une décharge puante et fumante, au bord d'une rivière.
"N'importe qui vient ici et jette ses ordures", déplore-t-il.
"Là où les gens jettent, vous jetez aussi, parce qu'il n'y a pas d'endroit", déclare aussi, fataliste, Gabriel Shoko, moto-taxi de son métier. "Nous jetons toujours dans la rue", dit-il, ou dans les cours d'eau.
Un autre Kinois, Bobo Kabemba, footballeur, est dépité en regardant la rivière Gombe jonchée de milliers de bouteilles en plastique. "Dans mon enfance, elle n'était pas dans cet état", déclare le jeune homme.
L'ONG JPM (Jeunesse, propreté, modernité) Services a pris part au projet "Kin Bopeto" (Kinshasa propre), lancé en 2019 par le président Félix Tshisekedi, quelques mois après son arrivée au pouvoir.
"On lutte pour que notre environnement soit propre", déclare le président de l'ONG, Jean-Pierre Muteba Kasongo.
Mais il reconnaît que faute d'endroit dédié, JPM Services, elle aussi, déverse les ordures dans des décharges sauvages.
De 2008 à 2015, l'Union européenne a injecté un million de dollars par mois pour l'évacuation des poubelles dans neuf communes de la capitale.
Une décharge avait alors été créée dans l'est de Kinshasa pour recevoir et traiter les déchets. Mais ce projet ayant pris fin, la décharge est maintenant fermée, selon les riverains.
"C'est devenu une poubelle ici...", déplore Blanchard Kipiomo, 24 ans, qui habite à côté du site. "Cela fait déjà un moment que ces déchets traînent ici, dégageant une mauvaise odeur qu'on respire", raconte-t-il.
Contactée, la délégation de l'UE à Kinshasa n'a pas donné plus de détails sur ce programme et ses suites.
Admettant qu'il n'existe pas dans la capitale "de décharge finale, de centre d'enfouissement", le nouveau gouverneur de Kinshasa, Daniel Bumba, a annoncé le 11 juillet une nouvelle campagne ambitieuse pour la salubrité de la ville. "Nous allons lancer dans les jours qui viennent une grande opération +coup de poing+ pour balayer, nettoyer Kinshasa", a-t-il déclaré.
L'AFP a demandé aux autorités locales des précisions sur ce projet mais n'a pas obtenu d'informations supplémentaires.
Muteba Kasongo, de JPM Services, pense que cette idée est bonne, mais qu'elle ne doit pas être un feu de paille. "Le coup de poing, c'est bien, dit-il, mais après, il faut continuer".
P.Hernandez--AT