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Une cinquantaine de mesures pour tenter d'adapter la France à un réchauffement de 4°C
Comment adapter la France à un réchauffement pouvant atteindre quatre degrés? Après de nombreux retards, le gouvernement a lancé lundi son troisième plan national d'adaptation au changement climatique (PNACC), mettant l'accent sur la mise en oeuvre d'une cinquantaine de mesures au niveau local, d'ores et déjà jugées insuffisantes par certains experts du climat.
Records de chaleur, inondations, érosion côtière: dans une France déjà plus chaude de 1,7 degré depuis 1900, les conséquences du dérèglement climatique ne "sont plus une exception" mais "notre nouvelle norme" et une "réalité tragique", a déclaré la ministre de la Transition écologique, Agnès Pannier-Runacher, en dévoilant les contours de ce "PNACC-3".
Ce plan, attendu depuis fin 2023, compte 52 mesures destinées à protéger davantage les populations, mieux anticiper les risques, assurer la résilience des territoires et adapter les activités humaines face à des conditions climatiques extrêmes.
Il se base sur une trajectoire de réchauffement de référence en France à +2,7°C en 2050 et +4°C en 2100.
- Dimension territoriale -
L'accent est particulièrement mis sur les territoires et secteurs les plus menacés comme les littoraux, les montagnes, les forêts et l'agriculture.
Parmi les mesures, le renforcement des protections pour les travailleurs exposés aux canicules, différentes études pour mieux adapter transports et exploitations agricoles, des feuilles de route pour adapter chaque secteur économique, une évolution des règles de rénovation des logements ou encore une protection des principaux sites culturels français (Tour Eiffel, Mont Saint-Michel...).
Un "travail" va également débuter dans le but de donner une "valeur juridique" à la Trajectoire de référence de l'adaptation au changement climatique (TRACC), un document de référence pour les acteurs publics. Cent intercommunalités seront accompagnées en 2025 dans le cadre d'une Mission adaptation.
Ronan Dantec, vice-président de la commission de l'aménagement du territoire et du développement durable au Sénat, a salué cette "dimension territoriale". "Pour la première fois on a une trajectoire très claire, c'était absolument essentiel pour les acteurs locaux", a-t-il déclaré.
L'accent a aussi été mis sur le financement des mesures, l'une des principales critiques énoncées avant la consultation publique lancée en octobre.
- Quels financements ? -
Outre le réchaussement, déjà annoncé, du fonds Barnier, créé en 1995 pour aider collectivités, petites entreprises et particuliers à financer les travaux nécessaires pour réduire leur vulnérabilité aux catastrophes naturelles, Agnès Pannier-Runacher a aussi annoncé une "mobilisation inédite du Fonds vert à hauteur de 260 millions d'euros".
Près d'un milliard d'euros des crédits des Agences de l'eau seront orientés vers l'adaptation et une enveloppe de 30 millions sera consacrée à la prévention des gonflements des sols à dominante argileux. Une nouvelle mission pour mobiliser davantage les acteurs privés, et notamment les banques, dans la prévention des risques sera lancée "au premier semestre 2026".
"Il est essentiel que l'adaptation soit dotée de moyens à la hauteur des enjeux", a souligné la ministre, assurant avoir augmenté les enveloppes "à hauteur de 40%".
Mais pour I4CE, institut de recherches spécialisé dans l'économie du climat, cela reste "quand même à nuancer".
"La hausse du Fonds Barnier pourrait rapidement se révéler insuffisante et la réorientation du Fonds Vert vers l’adaptation est surtout l’effet d’une diminution des moyens alloués aux autres priorités, les crédits dédiés à l’adaptation se maintiennent mais n’augmentent pas", juge Guillaume Dolques, expert Adaptation chez I4CE.
Pour lui, ce plan "n'est qu'une première étape" et n'aura "de sens que si certains arbitrages sont faits et que l’on se donne les moyens des ambitions".
Ronan Dantec reconnaît aussi que dans le contexte budgétaire tendu, il va "probablement manquer de l'argent", mais reste malgré tout "très satisfait de ce PNACC" avec lequel, dit-il, "on a vraiment franchi des paliers importants" sur le chantier de l'adaptation, longtemps insuffisamment pris en compte.
L'ONG Oxfam juge ce plan "inopérant, car dépourvu de gouvernance adaptée et de moyens budgétaires pour sa mise en œuvre". Il constitue "une nouvelle occasion manquée de protéger la population", dit Oxfam, regrettant notamment que les besoins des plus vulnérables (personnes âgées, enfants ...) ne soient pas suffisamment pris en compte.
"L’inaction coûtera bien plus cher que l’adaptation", souligne l'ONG. Un constat partagé par Agnès Pannier-Runacher: "un euro investi dans l'adaptation, c'est huit euros évités pour réparer les dommages", a-t-elle souligné.
J.Gomez--AT