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Macron pousse sa stratégie Asie-Pacifique en appelant à la fin de la "confrontation"
Le président Emmanuel Macron a mis en avant vendredi la stratégie de la France en Asie-Pacifique en appelant à la fin de la "confrontation" dans la région, au cours d'un sommet à Bangkok assombri par les multiples tensions dans la région.
"Nous ne croyons pas dans l'hégémonie, la confrontation. Nous croyons dans la stabilité, nous croyons dans l'innovation", a lancé le président français, invité au rendez-vous annuel de la Coopération économique pour l'Asie-Pacifique (Apec) qui s'est ouvert vendredi dans la capitale thaïlandaise.
Filant la métaphore, il a estimé que l'Asie-Pacifique, théâtre d'une rivalité croissante entre la Chine et les Etats-Unis, devait s'appuyer sur ses puissances régionales, y compris la France, pour garantir cet équilibre.
L'opposition entre Pékin et Washington, notamment au sujet de Taïwan, a mis dans l'embarras plusieurs pays de la région qui ne veulent pas choisir entre les deux superpuissances.
Le président français leur a proposé une troisième voie.
"Nous sommes dans la jungle et nous avons deux gros éléphants de plus en plus nerveux. S'ils deviennent très nerveux, ils vont commencer à se faire la guerre et ce sera un gros problème pour le reste de la jungle", a décrit M. Macron.
"Nous aurons besoin de la coopération de beaucoup d'autres animaux, les tigres, les singes, etc.", a-t-il dit, déclenchant les rires de l'assistance.
Emmanuel Macron a érigé en priorité stratégique ce que les diplomates occidentaux qualifient de région "Indopacifique", vaste zone allant des côtes est-africaines aux côtes ouest-américaines où la France compte de nombreux territoires et espaces maritimes.
La France y détient la majeure partie de sa zone économique exclusive (ZEE), la deuxième du monde, autour de sept territoires, de la Réunion à la Nouvelle-Calédonie et Tahiti, où vivent 1,65 million de citoyens français.
- L'Ukraine, "aussi votre problème" -
La relance de la stratégie française en Asie-Pacifique intervient un peu plus d'un an après le camouflet qu'avait représenté pour Paris la conclusion de l'alliance AUKUS entre l'Australie, les Etats-Unis et le Royaume-Uni. La naissance de cette nouvelle alliance avait conduit Canberra à annuler un mégacontrat pour l'acquisition de douze sous-marins conventionnels français, qui auraient été construits en Australie.
L'Australie a décidé d'acheter à la place des sous-marins à propulsion nucléaire américains ou britanniques, un changement majeur pour un pays aux faibles capacités atomiques.
Jeudi, le président français a affirmé que l'offre de coopération avec l'Australie sur les sous-marins restait "sur la table". Mais tout en affirmant que Canberra maintenait une "très bonne relation de coopération avec Paris", le Premier ministre australien Anthony Albanese a confirmé vendredi qu'il "poursuivait les accords avec AUKUS".
La marge de manœuvre de la France reste aussi contrainte militairement. Seuls 7.000 soldats sont déployés en permanence dans la zone, ainsi que quelques patrouilleurs et avions de reconnaissance.
M. Macron a aussi appelé vendredi les pays de la région à soutenir le "consensus croissant" contre le conflit en Ukraine. "Cette guerre est aussi votre problème", a-t-il assené dans son discours.
Plusieurs pays du Sud, la Chine en tête, refusent de condamner l'invasion russe, bien qu'ils déplorent ses conséquences économiques néfastes qui affectent aussi bien le prix de l'énergie que celui des produits alimentaires.
Le président chinois Xi Jinping a rappelé jeudi que l'Asie-Pacifique "n'était le jardin de personne".
A Bangkok où il poursuit son marathon diplomatique entamé au G20, il occupe le devant de la scène, en l'absence de son homologue américain Joe Biden, retenu à Washington pour le mariage de sa petite-fille, et représenté par Kamala Harris.
Le sommet de l'Apec, qui se termine samedi, clôture une séquence diplomatique d'une dizaine de jours intenses en Asie du Sud-Est, après un sommet de l'Association des nations d'Asie du Sud-Est (Asean) à Phnom Penh et le G20 sur l'île indonésienne de Bali.
H.Romero--AT