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La France "moche" des périphéries commerciales dans le viseur du gouvernement
"Boîtes à chaussures" alignées sur des kilomètres, publicités tapageuses et parkings XXL, la "France moche" des zones commerciales périurbaines des années 1970 n'est plus en phase avec l'objectif de sobriété foncière et énergétique du XXIe siècle et va faire l'objet d'un dispositif national de requalification.
Malgré sa cathédrale classée au patrimoine mondial de l'Unesco, Chartres n'échappe pas, comme la plupart des villes, à la présence d'une zone commerciale bien en vue sur son entrée Est, jouxtée d'entrepôts et de barres entrecoupées de parkings.
"Avec la cathédrale, cette entrée de ville, on ne peut pas la salir", clame le maire Jean-Pierre Gorges (DVD) qui prévoit de déménager 200 m plus loin les supermarchés, magasins de meubles et autres commerces sur une ancienne base militaire dont les sols doivent être dépollués.
Objectif? Faire "plus beau" avec des bâtiments plus respectueux de l'environnement de la cathédrale, moins de bitume, davantage d'espaces verts et probablement des surfaces commerciales amaigries.
A la place de l'actuelle zone commerciale, 3.000 logements doivent pousser. "Ça a l'air simple mais c'est plus de dix ans de travail et encore, nous sommes propriétaires du foncier", observe M. Gorges.
Apparues durant les Trente Glorieuses, les zones commerciales périphériques furent d'abord le symbole de l'accès des classes moyennes à la consommation de masse. Cinquante ans plus tard, les voilà l'emblème de l'étalement urbain le plus spectaculaire d'Europe.
En 1982, les lois de décentralisation confient aux communes le soin d'élaborer leurs plans d'aménagement. "Chacune se lance alors dans la création d'une Zac (zone d'aménagement concertée) sans forcément de projet, pensant que ça va apporter de l'emploi et de la fiscalité", retrace Christophe Demazière, professeur en urbanisme à l'université de Tours.
- "Fuite en avant" -
Contre toute attente, le phénomène s'accélère dans les années 2000, alors que la consommation stagne et qu'internet grignote des parts de marché.
"La France a vu autant de surfaces commerciales émerger ces vingt dernières années que lors des quarante précédentes", souligne Pascal Madry, directeur de l'Institut pour la ville et le commerce (IVC), qui en recense 1.500.
En cause selon lui, la compétition entre collectivités, "chaque maire voulant son Decathlon", et la "fuite en avant des enseignes qui ont accéléré leurs ouvertures pour compenser leurs pertes grâce à des économies d'échelle".
Si le commerce de périphérie concentre toujours 70% des dépenses des Français, la vacance augmente pour atteindre 15 millions de m2, selon l'IVC, avec un risque "d'enfrichement".
Conscients de la situation, les promoteurs sont aujourd'hui plus enclins à réaménager ces zones par ailleurs rattrapées par l'enjeu climatique. L'objectif du "zéro artificialisation nette" en 2050, qui rend désormais impossible l'extension incontrôlée, en font aussi des réserves foncières stratégiques.
"Ces espaces qui génèrent des déséquilibres environnementaux importants et une concurrence avec les commerces de centre ville doivent aujourd'hui être réintégrés à la ville", plaide Nicolas Gillio, chargé de mission au Cerema, un établissement public dédié aux politiques d'aménagement et de transport.
L'accent a jusqu'ici surtout porté sur la revitalisation des centres des villes moyennes, avec le programme "Action coeur de ville" (ACV). La ministre des Collectivités territoriales Caroline Cayeux a confirmé vendredi que les entrées de ville figureraient dans la version II de ce dispositif.
- "Recyclage possible" -
"Nous voulons démontrer que le recyclage des entrées de villes est possible. Il y a les zones commerciales mais aussi les friches, les casses, le pavillonnaire diffus. On a beaucoup mis la ville à la campagne et aujourd'hui il faut faire l'inverse", insiste Rollon Mouchel-Blaisot, préfet directeur d'ACV.
A Montigny-les-Cormeilles (Val-d'Oise), 21.000 habitants, l'enfilade de surfaces commerciales de la "route du meuble" fait ainsi peau neuve.
"Le boulevard déshumanisait la ville et la coupait en deux, avec beaucoup d'embouteillages et un taux de vacance énorme", raconte le maire Jean-Noël Carpentier (MDP). Cette portion de 1,5 km doit accueillir un millier de logements, avec des commerces, une école, un cabinet médical et des bureaux.
Les foncières changent aussi leur fusil d'épaule. "On travaille au réenchantement des zones commerciales là où la ville les rattrape, en installant des crèches, des services, dans un esprit de quartier plus urbain", assure Eric Grimonpon, directeur général de la foncière Etixia.
Parmi les freins, la longueur des opérations, qui dépasse souvent la durée d'un mandat, et l'équilibre financier compliqué dans les villes en déclin.
De plus, chasser une enseigne oblige à l'indemniser, "ce qui peut représenter 2,5 millions d'euros pour une surface standard de 1.000 m2", prévient Pascal Madry.
N.Walker--AT