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Dernière ruée sur les boutiques: Camaieu "c'est fini"
"Je suis venue les soutenir et leur dire au-revoir": Djamila Bal, une cliente fidèle, défie la cohue dans le magasin Camaieu à Roubaix, siège de l'enseigne en liquidation, pour étreindre les vendeuses, qui bradent les derniers vêtements avant de fermer définitivement boutique samedi soir.
"Shopping Camaieu 100% pour les salariés," annonce la page Facebook du centre commercial roubaisien. Selon les syndicats, le produit des ventes de ces trois derniers jours doit être utilisé pour améliorer les possibilités de formation et reconversion dans le cadre du plan social.
C'est la foule des jours de solde, à Roubaix comme dans de nombreux magasins de France: le prix sont affichés à moins 50%, voire moins 70%, et les derniers stocks disparaissent à vue d'oeil.
"Il n'y a plus rien, c'est fini, fini" explique à une cliente Emilie Vidart, vendeuse depuis onze ans chez Camaieu, réarrangeant fébrilement des TShirt "Zen attitude" et "no worries" sur des portants.
"C'est la journée 100% émotion", lance-t-elle. Elle se demande "si on va retrouver ça, une ambiance familiale", tandis qu'une cliente venue acheter un manteau "par solidarité" écrase une larme.
- "Plonger dans l'inconnu" -
L'actionnaire, Hermione People and Brands (HPB), filiale de La Financière immobilière bordelaise (FIB) de l'homme d'affaires Michel Ohayon, a échoué à convaincre le tribunal de commerce de la fiabilité de son plan de redressement, deux mois après le placement de l'enseigne en redressement judiciaire.
Le gouvernement a pour sa part mis en cause un plan d'affaires non crédible, et une demande d'avance de fonds publics "déséquilibrée" par rapport aux apports des actionnaires.
"J'ai connu un licenciement aussi il y a trois ans, je sais ce que ça fait de plonger dans l'inconnu", souligne dans la boutique roubaisienne Djamila Bal, cliente quadragénaire. "Je peux vous faire un câlin?", lance-t-elle à une vendeuse.
"Même sur Tik Tok, j'ai vu passer des vidéos sur nous, ça nous touche", s'émeut Marie Lemouchi, une vendeuse de 29 ans. Elle s'inquiète de quitter une enseigne "à l'ambiance familiale", mais espère réussir à rebondir.
Dans certains magasins, des clients ont même apporté chocolats et boissons gazeuses, rapporte Nordine Misraoui, délégué CFDT. "Ce soir, c'est comme une fin de vie, on va débrancher la machine", indique-t-il à l'AFP, déplorant la "casse sociale évitable", alors que les activités de l'entreprise doivent s'arrêter à 23H.
- "Affaires" et "soutien" -
A Bordeaux, où la file aux caisses est également longue, Ludivine Cochin, venue "faire des affaires et soutenir les salariés", a été mise au courant des déboires de l'entreprise par "une cousine qui travaille chez Camaïeu en Bourgogne". "J'aimais bien cette marque, je vais la regretter".
A Paris, dans la galerie marchande de la Gare de Saint-Lazare, Nini, une cliente de 66 ans, trouve cela "désolant": "je croyais jusqu'à la dernière minute qu'ils allaient avoir un repreneur comme habituellement certains magasins".
"On s’en doutait un petit peu, ces dernières années c’est un petit peu difficile, on a été en redressement il y a deux ans, on a été racheté. On va dire que la société était un petit peu bancale", philosophe Nadia, 42 ans, gérante adjointe chez Camaieu depuis cinq ans.
"On n'a jamais eu autant d'affluence que depuis trois jours, même en période de soldes", relève-t-elle.
Dans le magasin, un chevalet accueille les clients avec un message de l'équipe : "Pardon si nous peinons à vous accueillir comme vous le méritez et comme nous le voudrions. Nous sommes anéantis et tellement fatigués. Nous sommes en deuil".
Autour ont fleuri des post-it de soutien: "triste nouvelle bon courage à vous tous !", "Je souhaite à tout le personnel Camaïeu de reprendre un autre chemin professionnel. Vous le méritez".
burs-cnp/cab/npk
Th.Gonzalez--AT