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Allemagne: le gouvernement divisé sur l'inscription du climat dans la Constitution
Quels moyens accorder à la lutte contre le changement climatique? Le débat a été relancé en Allemagne par la proposition des sociaux-démocrates de modifier la Constitution, soutenue par les associations écologistes mais accueillie avec scepticisme par les conservateurs du chancelier Merz.
Le SPD, partenaire minoritaire du gouvernement, a proposé dimanche d'inscrire dans la Loi fondamentale la protection de la nature et l'adaptation au changement climatique comme "missions communes" de l'Etat fédéral et des Länder (régions).
Depuis plusieurs semaines, la première économie européenne est confrontée aux effets du changement climatique, avec une sécheresse historique entraînant une chute sans précédent du niveau du Rhin, des récoltes médiocres et une multiplication des feux de forêts.
La proposition des sociaux-démocrates s'inscrit dans un plan d'action plus large présenté dimanche par plusieurs ministres du parti, comprenant des mesures face à la chaleur, des modifications du droit de l'urbanisme et un renforcement de la protection des travailleurs contre les températures extrêmes.
- "Clarté juridique" -
Dans le document, que l'AFP a pu consulter, le SPD estime qu'une révision constitutionnelle est "la condition préalable pour que l’Etat fédéral puisse participer au financement des missions des communes ou des Länder" et garantir sur le long terme les mesures climatiques.
Mais les réticences de la CDU (chrétiens-démocrates) et la majorité des deux tiers nécessaire à toute modification de la Loi fondamentale rendent son adoption incertaine.
"Seule une proposition concrète pourra montrer si une modification de la Loi fondamentale est judicieuse", avait déclaré dimanche à l'AFP Klaus Mack, vice-président du groupe parlementaire de la CDU. Il émettait des doutes sur les conséquences financières d'une révision constitutionnelle et la répartition des compétences entre ministères.
"Tout le monde est conscient de l'importance du sujet", a assuré lundi lors d'une conférence de presse régulière le porte-parole du gouvernement Sebastian Hille, soulignant que le débat existe en ce moment au sein de la coalition.
Selon le ministère de l'Environnement, dirigé par le SPD, l'objectif est d'élaborer d'ici à novembre une formulation précise pour une modification de la Loi fondamentale.
"Il ne suffit pas d'y inscrire simplement le terme +adaptation au climat+", a estimé un porte-parole, "il faut délimiter cela plus précisément afin d'en déduire la clarté juridique nécessaire".
Lundi, les associations écologistes ont soutenu le projet de révision constitutionnelle, tout en appelant à accélérer la lutte contre le dérèglement climatique.
Le directeur de Greenpeace Allemagne, Martin Kaiser, a estimé auprès des médias du Redaktionsnetzwerk Deutschland (RND) que les chrétiens-démocrates devraient "dépasser leurs réticences et organiser une majorité de tous les partis démocratiques au Bundestag en faveur d'une modification de la Loi fondamentale".
"La crise climatique doit être au coeur des délibérations du Conseil des ministres, et non reléguée aux questions diverses", a-t-il souligné.
"Il faut maintenant des mesures concrètes et ne pas en rester à des simples déclarations d'intention", a plaidé auprès des mêmes médias la directrice de l'ONG Deutsche Umwelthilfe (DUW), Barbara Metz.
Elle a appelé à l'action, "au lieu de regarder nos villes continuer à être couvertes de béton tandis que des personnes meurent de la chaleur extrême", de plus en plus fréquente "en raison de l'escalade de la crise climatique".
Lundi, le directeur général de l'Association allemande des villes et des communes, André Berghegger, a chiffré auprès du Kölner Stadt-Anzeiger les besoins de financement des communes à 8 milliards d'euros par an.
L'adaptation au changement climatique est une "immense tâche pour l'ensemble de la société, qui ne peut être financée et résolue qu'au niveau de l'Etat dans son ensemble", a-t-il plaidé.
- "Vaines promesses" -
Dans l'opposition, les Verts sont en faveur d'une révision constitutionnelle, mais leur chef Felix Banaszak a estimé que c'était en fin de compte une idée "facile", pointant le fait que les sociaux-démocrates avaient eux-mêmes bloqué cette mesure dans le passé.
Le parti de gauche radicale Die Linke a lui balayé cette proposition, estimant qu'il s'agissait de "vaines promesses", tout comme le parti d'extrême droite AfD, connu pour son climatosceptiscisme.
Le débat allemand s'inscrit dans un contexte plus large de discussions en Europe sur les moyens à mettre en oeuvre pour réduire l'ampleur du changement climatique et s'adapter à ses effets concrets.
En Espagne, le Premier ministre Pedro Sánchez a appelé à plusieurs reprises à un "pacte d'Etat sur l'urgence climatique", un large accord politique destiné à survivre aux changements de gouvernement.
Mais le principal parti conservateur d'opposition, le Parti populaire (PP), a rejeté ce pacte, accusant le gouvernement d'instrumentaliser la crise climatique à des fins politiques.
S.Jackson--AT