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Le chômage progresse une nouvelle fois en France et dépasse l'ère Covid
Le chômage a continué de progresser en France pour atteindre 8,3% au deuxième trimestre, son plus haut niveau depuis l'automne 2020, en plein Covid, et depuis l'automne 2019 auparavant, mais le gouvernement insiste sur une résistance aux turbulences économiques.
Au deuxième trimestre, le taux de chômage au sens du Bureau international du travail (BIT) a augmenté de 0,2 point sur un trimestre et de 0,7 point sur un an, selon des données publiées vendredi par l'Insee. Le nombre de personnes sans emploi et en recherchant un activement a augmenté de 62.000 sur un trimestre, pour atteindre 2,7 millions de personnes sur l'ensemble de la France.
Au premier trimestre, pour la première fois depuis cinq ans, le taux de chômage avait déjà passé la barre de 8%.
L'objectif affiché par Emmanuel Macron d'un taux de chômage à 5% de la population active, dit de "plein emploi", pour la fin de son second quinquennat s'éloigne encore davantage.
Mais "malgré un contexte économique difficile, le marché du travail résiste. Notre responsabilité est de poursuivre cette dynamique", a jugé le ministre du Travail dans un communiqué. "Les fondamentaux du marché du travail demeurent solides", a assuré Jean-Pierre Farandou.
- "Tous les chiffres mauvais" -
"Si la hausse du premier trimestre était partiellement liée à l'augmentation de la population active", cette fois-ci "tous les chiffres sont mauvais", estime de son côté le directeur du département analyse et prévision de l'OFCE, Eric Heyer, interrogé par l'AFP.
A ses yeux, "les bons résultats sur l'emploi et le chômage de 2019 à 2023, dans une France à la croissance faible, étaient en trompe-l’œil, liés à des aides à l'apprentissage et à des entreprises". "Depuis, le gouvernement veut baisser les déficits, diminue les aides, et un rattrapage s'opère", selon cet économiste.
La hausse du chômage concerne toutes les tranches d'âge.
Particulièrement touchés, les jeunes actifs: un sur cinq est sans emploi. Le taux de chômage des 15-24 ans atteint 21,6%, soit +0,4 point sur un trimestre et +2,5 points sur un an.
L'emploi des jeunes est une "priorité absolue", a affirmé Jean-Pierre Farandou, évoquant un plan présenté début mai et "la préservation de l'apprentissage" dans le budget 2027.
Quant aux 16-29 ans sans emploi, formation ou études, leur part est stable sur le trimestre, à 13,3%, mais progresse sur un an et encore plus comparé à la fin 2019, selon l'Insee.
"C'est sans doute une erreur du gouvernement lors du second quinquennat: avoir mis le paquet sur l'apprentissage, qui a bénéficié à des jeunes n'étant pas les plus éloignés du marché du travail, mais coupé tous les autres emplois aidés", juge Eric Heyer.
Le chômage de longue durée, continue aussi d'augmenter, mais légèrement, à 2,1%. Quelque 671.000 personnes sont au chômage depuis au moins un an.
- Conjoncture internationale défavorable -
Le ministre du Travail a listé comme priorité l'insertion des jeunes, le maintien en emploi des travailleurs expérimentés en adaptant les compétences aux besoins, notamment "dans le nucléaire, la transition écologique ou l'industrie de défense".
Une partie de la hausse du chômage s'explique par l'application, depuis début 2025, de la loi "plein emploi", qui a entraîné notamment l'inscription systématique de tous les allocataires du RSA à France Travail.
"Sans cet effet, le taux de chômage serait inférieur à 8%", plaide Jean-Pierre Farandou. "Jamais autant de personnes n'ont travaillé en France", les taux d'activité et d'emploi avoisinant leurs plus hauts niveaux historiques, insiste le ministre.
Au deuxième trimestre, le taux d'activité des 15-64 ans a cependant baissé très légèrement, à 75,4% et le taux d'emploi a reculé, à 69%. Seuls les seniors connaissent des hausses.
Aux 2,7 millions de chômeurs s'ajoutent 1,9 million de personnes souhaitant un emploi mais n'en recherchant pas actuellement ou n'étant pas immédiatement disponibles. Un "halo" stable au deuxième trimestre.
La conjoncture reste affectée par la guerre au Moyen-Orient et la fermeture du détroit d'Ormuz, qui a provoqué un choc énergétique dans la zone euro, mais aussi par diverses tensions commerciales, liées aux Etats-Unis et à la Chine.
Si la croissance économique a plutôt résisté jusqu'ici, le gouvernement mise désormais sur 0,7% pour 2026, contre 0,9% initialement.
Le chômage devrait, lui, continuer à grimper. Dans ses perspectives 2026 pour la France, l'OCDE tablait sur une remontée à 8,2%. L'OFCE anticipait, elle, 8,5% en fin d'année.
T.Perez--AT