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Un temps délaissée, Grasse est redevenue le coeur battant de la parfumerie
Berceau de la parfumerie, Grasse a vu sa production et son aura péricliter pendant des années, mais le savoir-faire du territoire et la soif d'authenticité affichée par les principaux groupes du secteur l'ont rendu de nouveau incontournable.
Mardi et mercredi, la ville accueille le Salon international des matières premières pour la parfumerie (Simppar), un rendez-vous longtemps parisien qui alterne désormais entre la capitale et la cité des Alpes-Maritimes.
Pendant plusieurs décennies, la pression foncière sur la Côte d'Azur, la montée des produits synthétiques et la concurrence d'autres terres de production ont pourtant mis à mal la filière à Grasse, avec un effondrement de la production de fleurs et le départ de nombreux acteurs étrangers.
"Dans les années 1980-1990, ce n'était pas gagné", reconnaît Julien Maubert, responsable des ingrédients et matières premières chez Robertet, l'un des principaux groupes grassois avec Mane.
Il en va ainsi de la rose centifolia, ou rose de mai, spécialité grassoise dont le parfum embaume actuellement les exploitations et dont la production est passée de 3.000 tonnes par an au début du XXe siècle à un plus bas historique de 59 tonnes en 2011, quasiment supplantée par la damascena, ou rose de Damas, produite en masse en Turquie, en Bulgarie ou au Maroc.
Toutes deux se ressemblent, avec leur cœur jaune et leurs pétales roses chiffonnés. Mais "la centifolia a une touche florale et un effet végétal, avec une pointe épicée. La damascena est plus miellée, presque animale, et liquoreuse", explique Fabrice Pellegrin, parfumeur chez dsm-firmenich.
Pour certains grands noms comme Dior ou Chanel, qui utilisent la centifolia dans leurs parfums historiques, il n'était pas question de passer à la damascena. Et cette fidélité, associée au maintien des savoir-faire locaux, valorisés par leur inscription au patrimoine culturel immatériel de l'Unesco en 2018, a permis à Grasse de rebondir.
Selon Prodarom, le syndicat national des fabricants de plantes aromatiques, l'industrie du parfum emploie désormais 4.600 personnes à Grasse.
- Vitrine et création -
Certes, la région n'a plus qu'une production de niche. Ainsi la centifolia est remontée à seulement 120 tonnes par an, même si les cultivateurs de plantes à parfum bénéficient du soutien des industriels et de la ville, qui a en 2018 sanctuarisé 70 hectares supplémentaires pour la culture de plantes à parfum (rose, jasmin, tubéreuse, mimosa...).
Mais les grands noms de l'aromatique sont revenus: le suisse dsm-firminich y a installé son usine de développement des ingrédients naturels avec 250 salariés, l'américain International Flavors and Fragrances (IFF) a quasiment doublé son siège grassois l'an dernier et le suisse Givaudan a annoncé la création d'un nouveau centre d'innovation de plusieurs hectares.
Quant à l'allemand Symrise, il a racheté et fusionné en 2022 deux sociétés grassoises, SFA et Neroli, et inauguré l'an dernier un nouveau siège. "Ici c'est la mecque des parfums. On n'est pas sérieux si on n'a pas un pied à Grasse. À Madagascar, on a beaucoup d'hectares de plantations. Mais ici il y a les techniques de production", explique Alexandrine Demachy, présidente de SFA-Neroli.
"Dans ce métier, la richesse ce sont les gens. Et on n'attire pas les parfumeurs à Holzminden", le siège du groupe dans le centre de l'Allemagne, ajoute Jean-Yves Parisot, président de Symrise.
Aux petits soins pour leurs nez et leurs clients, les groupes ont investi dans de vastes propriétés transformées en lieux de recherche et de création pour les premiers, en vitrine pour les seconds.
Après les Fontaines parfumées de Louis Vuitton, un vaste centre de création ouvert dès 2016, Lancôme dispose depuis 2023 de son Domaine de la rose, avec sept hectares de terrain dédiés à la production de roses.
IFF va inaugurer jeudi son Domaine des Naturels, un champ pensé comme un laboratoire à ciel ouvert, tandis que dsm-Firminich a ouvert en 2020 sa Villa Botanica, véritable paradis olfactif avec vue imprenable sur Grasse et la baie de Cannes.
Entre agrumes, jasmin, verveine, rose, lavande, iris et plantes exotiques, le groupe y reçoit ses principaux clients, et c'est là que ses parfumeurs basés à Paris, New York, Sao Paolo ou Dubaï viennent découvrir les innovations et trouver l'inspiration.
Y.Baker--AT