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Trois jours après les attaques, le Mali reste fébrile et son leader invisible
La fébrilité et une situation sécuritaire critique règnent au Mali trois jours après des attaques sans précédent qui ont fait perdre une ville-clef dans le nord du pays à la junte, plus affaiblie que jamais et dont le leader Assimi Goïta n'est plus réapparu depuis.
Le Mali a été frappé samedi par une série d'attaques coordonnées lancées par des jihadistes du Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (JNIM) alliés à la rébellion indépendantiste touareg du Front de libération de l'Azawad (FLA) contre des positions stratégiques de la junte à travers le pays, y compris en périphérie de la capitale Bamako.
Le pouvoir malien se trouve dans une situation inédite depuis le coup d'État de 2020: le ministre de la Défense Sadio Camara a été tué dans une attaque, et le général Assimi Goïta, chef de la junte, n’a pas été vu et n'a pas pris la parole depuis le début des hostilités samedi matin, posant la question du devenir de la junte.
Signe de cette fébrilité, deux fortes détonations d'origine mystérieuse ont été entendues lundi dans la soirée en périphérie de la capitale Bamako, a constaté un correspondant de l'AFP.
La situation est ensuite revenue au calme, mais mardi matin on entendait le bruit de drones de surveillance, toujours dans la même zone. Un avion de l'armée de l'air a passé toute la nuit en mouvement au-dessus de la zone aéroportuaire, a constaté l'AFP.
"Nous nous demandons toujours ce que c'était. Ce n'était pas des échanges de tirs, et les détonations provenaient du côté de la base 101 de l'aéroport", a déclaré un habitant à l'AFP. Cette base 101 de l'armée de l'air avait été visée samedi par les attaques des groupes armés.
- "Neutraliser" -
Les attaques de samedi matin ont été menées simultanément dans plusieurs grandes villes du pays: à Kidal, Gao (nord), Sévaré (centre) et dans la ville-garnison de Kati, en périphérie de la capitale, qui abrite les maisons de certains hauts dignitaires de la junte.
Avec la mort de Sadio Camara, figure clé du pouvoir et de sa coopération avec la Russie, attaqué à son domicile à Kati, les groupes armés ont porté un coup sévère à la junte.
Ces attaques près des centres de pouvoir ont été interprétées par certains analystes comme une diversion pour s'emparer à nouveau de la ville-clef de Kidal, dans le nord. Elle est désormais sous contrôle rebelle, autre signe de faiblesse du régime militaire de Bamako.
Kidal a été sous la coupe de groupes rebelles pendant plusieurs décennies avant de revenir dans le giron de l'Etat malien en novembre 2023, à la faveur d'une offensive de l'armée appuyée par des combattants du groupe paramilitaire russe Wagner, remplacé ensuite par Africa Corps. La junte malienne s'était en effet rapprochée politiquement et militairement de la Russie ces dernières années.
Fait inédit, le JNIM a, samedi soir, annoncé vouloir "neutraliser la partie russe du conflit, en échange de la non-prise de cible de cette dernière et d'une coordination visant à construire une relation future équilibrée et efficace".
Après la prise de Kidal, l'Africa Corps s'en est retirée en vertu d'un "accord" avec les jihadistes et la rébellion touareg, selon ces derniers.
Selon un élu local, les Russes devraient quitter le pays en passant par la Libye.
Mardi, le porte-parole de la présidence russe Dmitri Peskov a dit souhaiter le retour "au plus vite" de la "stabilité" au Mali, dans une déclaration qui n'évoque pas directement la junte.
Le porte-parole a aussi refusé de répondre à la question de savoir si l'Africa Corps serait en mesure de maîtriser la situation.
Interrogé sur le sort de Assimi Goïta, Dmitri Peskov a répliqué aux journalistes que c'était "au Mali et non au Kremlin que vous devez chercher ces informations".
- Regards vers Gao -
Tous les regards sont désormais tournés vers la ville de Gao (nord), située à environ 350 km au sud de Kidal. Le FLA revendique avoir pris le contrôle de plusieurs positions dans la région.
Selon des analystes, le but stratégique recherché par cette alliance entre JNIM et FLA ne serait pas la prise du pouvoir à Bamako, mais la reconquête des régions du Nord.
La compagnie aérienne Sky Mali a annoncé lundi soir la suspension temporaire de ses vols domestiques à destination de Gao et de Mopti (centre). "La sécurité de nos passagers, de nos équipages et de nos opérations demeure notre priorité absolue", souligne la compagnie.
En l’absence de routes praticables et sécurisées reliant le nord et la capitale, Sky Mali est devenu ces dernières années l’un des moyens de transport privilégiés et le plus sûr pour les populations.
Le centre du Mali, où se trouve la ville de Mopti, a aussi été attaqué et la situation sécuritaire y restait confuse mardi.
Vaste pays sahélien, le Mali est en proie depuis 2012 aux conflits et aux violences jihadistes.
B.Torres--AT