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En Hongrie, une usine Samsung devenue toxique pour la campagne de réélection d’Orban
En périphérie de la ville de Göd, aux portes de la capitale hongroise Budapest, une fumée blanche s'élève d'une usine de batteries pour véhicules électriques du géant sud-coréen Samsung, accusé d'avoir exposé ses employés à des risques sanitaires avec la complicité du gouvernement.
Les dernières révélations publiées par le site d'information hongrois Telex surviennent à un moment délicat pour le Premier ministre Viktor Orban, à la peine dans les sondages pour les élections du 12 avril, après 16 ans au pouvoir.
Le dirigeant nationaliste, qui a misé gros sur l'industrie des batteries, est accusé d'avoir sciemment fermé les yeux sur les problèmes récurrents posés par cette usine, située à proximité de zones résidentielles.
Selon l'enquête de Telex, rendue publique en février, le gouvernement a décidé de ne pas ordonner la fermeture du site en 2023, malgré des informations alarmantes en sa possession.
M. Orban a dénoncé "des mensonges" tandis que le chef de l'opposition Peter Magyar y voit la preuve de la corruption qu'il promet de combattre.
En 2017, Samsung était devenu l'une des premières multinationales à construire une usine de batteries dans le pays d'Europe centrale, qui ambitionnait de devenir un pôle mondial de fabrication de véhicules électriques.
L'usine, implantée à Göd, une petite ville à 25 kilomètres au nord de Budapest, a bénéficié de généreuses subventions publiques, plus de 500 millions d'euros.
Aujourd'hui, l'immense complexe de 50 hectares suscite l'inquiétude de nombre d'habitants rencontrés dans les rues de la ville.
- Solvant toxique -
"Ils n’arrêtent pas de l'agrandir, c'est devenu énorme mais nous ne savons pas ce qui se passe à l'intérieur", confie à l'AFP Erika Nemeth.
La retraitée de 67 ans aimerait bien déménager loin du site mais les problèmes de pollution ont fait chuter les prix de l'immobilier, contrariant ses plans.
Beata Peimli, une autre riveraine du site, préfère faire confiance aux autorités.
"Une usine aussi grande est certainement étroitement surveillée, et s'il y avait des problèmes, elle serait fermée", estime cette femme de 45 ans qui a emménagé l'an dernier à Göd avec sa famille et travaille dans une imprimerie.
La municipalité s'efforce de rassurer : "Tous les tests effectués à ce jour par les autorités locales n'ont révélé aucune contamination pouvant être liée à la technologie utilisée par Samsung", a déclaré à l'AFP son porte-parole Peter David Balogh.
Mais le groupe écologiste local Göd-ERT, fondé en 2020 pour surveiller l'usine, réfute cette affirmation.
En 2022, l'association avait fait mener des tests qui ont prouvé la présence dans des puits d'eau de N-méthyl-2-pyrrolidone (NMP), un solvant toxique fréquemment utilisé dans la fabrication de batteries et extrêmement dangereux pour les femmes enceintes.
L'usine a été à plusieurs reprises sanctionnée par des amendes pour des infractions en matière de conditions de travail, de sécurité industrielle et de protection de l'environnement
Mais Telex affirme qu'un rapport des services de renseignement datant de 2023 a conclu que Samsung exposait en outre ses travailleurs à des substances cancérogènes bien au-delà des seuils légaux, et n'a pris aucune mesure pour rectifier le problème qu'il a au contraire cherché à dissimuler.
Citant des documents internes, l'article ajoute que, si la situation s’est améliorée, les problèmes ne sont pas entièrement résolus.
Samsung a enfreint "toutes sortes de réglementations", affirme Zsuzsanna Bodnar, journaliste locale du média d'investigation Atlatszo et membre fondatrice de Göd-ERT.
M. Orban a tenté de balayer les récentes accusations en parlant de "faux problème" agité par l'opposition.
"La Hongrie dispose actuellement des réglementations environnementales les plus strictes, et nos autorités les appliquent", a-t-il affirmé devant le Parlement.
L'usine "respecte toutes les réglementations en matière d’environnement et de sécurité au travail et fonctionne en toute transparence", a déclaré de son côté Samsung le mois dernier à l'agence de presse nationale MTI.
Ni Samsung ni le gouvernement n'ont donné suite aux demandes de réaction de l'AFP.
M.King--AT