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Tucker Carlson, porte-voix radical d'une Amérique blanche et inquiète
Emission après émission, il est devenu l'une des voix les plus retentissantes de l'Amérique conservatrice. Tucker Carlson, présentateur emblématique de la chaîne Fox News, est accusé de populariser des thèses complotistes et racistes susceptibles, selon certains, d'entraîner des drames comme la récente tuerie de Buffalo.
Dans "Tucker Carlson Tonight", diffusée depuis 2016 et l'une des émissions les plus regardées du câble, l'animateur en costume-cravate dresse le portrait d'une Amérique assiégée. Par l'immigration, les manifestations de Black Lives Matter, ou encore la bien-pensance.
Les yeux bleus plongés droit dans ceux des téléspectateurs, cinq soirs par semaine et pendant une heure, Tucker Carlson commente l'actualité d'un ton très personnel, assénant que "les hommes américains sont dans une position très délicate", ou que "le racisme anti-blanc explose à travers le pays".
Opposé à l'avortement, grand défenseur du droit à porter des armes, le présentateur de 53 ans n'hésite jamais à exposer ses opinions dans une émission qui se revendique, sur son site, "l'ennemi juré du mensonge", promettant de "poser les questions que vous poseriez - et d'exiger des réponses".
- "Grand remplacement" -
"Ils veulent contrôler vos pensées", "ils disent que vous êtes raciste": Tucker Carlson use encore et encore de cette opposition entre "ils" et "vous" afin de se placer dans le même camp que ceux qui le regardent, analyse Jennifer Mercieca, spécialiste de rhétorique politique à l'université du Texas A&M. "Il couvre tout ce qui, selon lui, va scandaliser son public".
A en croire ses critiques, le présentateur pro-Trump compte sur la frayeur pour gagner des téléspectateurs. "Malheureusement, faire appel à la peur fonctionne" et "Tucker Carlson est très fort pour susciter cette crainte chez son public", par le ton de sa voix, les images ou la musique utilisées, affirme Mme Mercieca.
Jusqu'à aller trop loin? Le week-end dernier, une tuerie raciste a endeuillé Buffalo, dans l'Etat de New York.
Payton Gendron, un jeune suprémaciste blanc accusé d'avoir cherché à tuer le plus d'Afro-Américains possible, avait été influencé par la théorie du "grand remplacement", idéologie d'extrême droite selon laquelle la population blanche va être supplantée par une population immigrée.
Or, dans son émission, Tucker Carlson a évoqué plus de 400 fois l'idée que les Blancs étaient remplacés par d'autres groupes ethniques, selon le New York Times.
Reprenant ce chiffre, le chef des démocrates au Sénat, Chuck Schumer, a dénoncé lundi "un poison répandu par l'un des plus grands médias du pays".
Contactée par l'AFP, Fox News renvoie vers les commentaires à l'antenne du présentateur, qui s'est défendu de toute responsabilité.
"Gendron était fou", a-t-il avancé lundi. Le long manifeste attribué au suspect - qui ne mentionne pas l'émission de Tucker Carlson - n'est "pas immédiatement classable à gauche ou à droite, il n'est pas vraiment politique", a-t-il ajouté.
- "Puissance unique" -
Malgré les mises en cause, Fox News soutient coûte que coûte son poulain, arguant de la diversité des opinions qu'il est censé représenter.
Lors d'un procès en 2020, les avocats de la chaîne avaient argumenté qu'étant donné la réputation de M. Carlson, tout téléspectateur était à même d'aborder son émission avec une certaine dose de scepticisme, selon des documents judiciaires.
Imperméable aux critiques, ce père de quatre enfants disait en septembre qu'"on ne devrait se soucier que de l'avis de ceux qui se soucient de vous", dans une interview au Rubin Report.
Une leçon qu'il dit tirer de son "enfance bizarre", marquée par le départ de sa mère, artiste, alors qu'il n'a que 6 ans. Elle finit par s'installer en France, et ne revoit plus ses enfants.
Elevé par son père journaliste, il marche sur ses traces en sortant de l'université après avoir tenté, sans succès, d'intégrer la CIA.
Le chemin vers la gloire est long pour Tucker Carlson, qui travaille notamment pour CNN et se retrouve temporairement au chômage, autour de ses 40 ans.
Mais il dispose aujourd'hui d'une "puissance unique", selon Jennifer Mercieca.
Celui qui affirme n'avoir jamais eu de télévision vit loin du coeur politique des Etats-Unis, dans un coin rural du Maine (nord-est). C'est de là-bas qu'il enregistre généralement son émission, depuis un studio aménagé pour lui.
Preuve de son pouvoir, en janvier, l'influent sénateur républicain Ted Cruz est venu battre sa coulpe en direct, face à un Tucker Carlson furieux qu'il ait qualifié l'assaut contre le Capitole d'"attaque terroriste violente".
La politique sera-t-elle pour lui la prochaine étape? Un temps, des rumeurs couraient sur sa possible candidature à l'élection présidentielle de 2024.
L'intéressé a évacué l'idée d'un éclat de rire sur le podcast conservateur "Ruthless", en juin. "Je suis un présentateur de talk-show. J'aime ça".
J.Gomez--AT