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Consoler, sans pouvoir vraiment agir: Biden se rend sur le lieu d'une tuerie raciste
Le président américain veut "partager la douleur" d'une communauté endeuillée par une tuerie raciste: Joe Biden, à nouveau confronté aux divisions de l'Amérique et à son impuissance à les réduire, se rend mardi à Buffalo, dans l'Etat de New York.
Dix personnes, dont une majorité d'Afro-Américains, y ont été tuées samedi dans un supermarché par un homme blanc muni d'un fusil d'assaut, "un crime raciste motivé par la haine" selon les autorités.
Le démocrate de 79 ans, accompagné de son épouse Jill Biden, va endosser son costume de consolateur en chef, lui que son caractère et son histoire personnelle, marquée par des deuils familiaux, portent à l'empathie.
"Il veut partager (le) deuil" des familles et "apporter du réconfort", a dit sa porte-parole Karine Jean-Pierre lundi.
Mais le président va aussi, une nouvelle fois, constater son impuissance face à un pays miné par la haine raciale et les violences par armes à feu.
"Nous devons travailler ensemble pour combattre la haine qui demeure une tache sur l'âme de l'Amérique", avait déclaré Joe Biden dimanche.
- "Âme de l'Amérique" -
Il avait décidé de se lancer dans la course à la Maison Blanche après avoir vu l'ultra-droite parader en août 2017 à Charlottesville (Virginie, sud). Une jeune femme avait trouvé la mort, après qu'un sympathisant néo-nazi eut foncé en voiture dans un groupe de manifestants anti-racistes.
Joe Biden ne cesse depuis son élection d'invoquer l'"âme" d'une Amérique qui serait, par essence, unie.
Mais quand il faut passer à l'acte, le président démocrate n'a pas beaucoup de leviers.
Sur le papier, son parti contrôle, au moins jusqu'aux élections législatives de novembre, le Congrès.
Mais la majorité démocrate est trop mince et les clivages partisans trop importants pour entreprendre des réformes majeures.
A l'instar de la Nouvelle-Zélande qui avait interdit les armes semi-automatiques après le massacre de 51 musulmans à Christchurch en 2019, Joe Biden appelle par exemple régulièrement le Congrès à légiférer sur les armes d'assaut, en vain jusqu’ici.
Selon le site Gun Violence Archive, les Etats-Unis ont connu depuis le début de l'année plus de 200 "fusillades de masse", au cours desquelles quatre personnes au moins ont été blessées ou tuées.
Joe Biden a par ailleurs du mal à défendre, comme il l'a promis, la communauté afro-américaine ou d'autres minorités, dans un pays qui a connu plusieurs tueries racistes: Buffalo, El Paso en 2019 (23 morts dont une majorité de personnes d'origine hispanique), Charleston en 2015 (neuf Afro-Américains tués dans une église), Pittsburgh (11 morts dans une synagogue en 2018), ou Atlanta (huit personnes dont six femmes d'origine asiatique en 2021).
Le président a veillé à nommer une équipe gouvernementale représentant toutes les minorités, et a poussé jusqu'à la Cour suprême Ketanji Brown Jackson, première femme noire de l'institution.
Il a aussi signé fin mars une loi faisant du lynchage un crime fédéral, adoptée après plus d'un siècle de tentatives avortées, un délai qui en dit long.
- Les républicains "ultra MAGA" -
Mais Joe Biden a échoué à faire voter une législation fédérale protégeant l'accès aux urnes des minorités, menacé dans les Etats du sud, aux mains des républicains.
Joe Biden, qui a durci récemment son discours face aux républicains acquis aux idées de l'ancien président Donald Trump, utilisera-t-il ce déplacement à Buffalo pour pointer publiquement la responsabilité de ceux qu'il appelle les "ultra MAGA" (pour "Make America Great Again", le slogan des années Trump)? Se joindra-t-il aux voix qui dénoncent l'influence de Tucker Carlson, animateur vedette de la chaîne Fox News et figure de la droite radicale?
D'autres n'ont pas attendu.
Liz Cheney, élue républicaine en rupture avec son camp et farouche opposante de Donald Trump, a attaqué sur Twitter la direction du parti, qui "a laissé prospérer le nationalisme blanc, le suprémacisme blanc et l'anti-sémitisme."
Chuck Schumer, meneur des démocrates à la Chambre des représentants, qui accompagnera Joe Biden mardi, a lui déclaré lundi: "Il semble de plus en plus difficile d'ignorer que la +théorie du grand remplacement+ et d'autres vues d'inspiration raciste (...) sont légitimées par certains républicains MAGA et des experts de la télévision".
T.Perez--AT