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En Arizona, la crise du logement fait rage avant la présidentielle américaine
L'air dépité, Alex assiste au changement de serrure de sa maison avec les affaires de sa famille sur le palier: cet Américain de Phoenix, en Arizona, a beau avoir deux boulots, il n'a pas réussi à éviter l'expulsion.
"J'ai travaillé toute ma vie et je n'ai jamais connu une telle situation", soupire ce trentenaire, qui souhaite rester anonyme. "J'ai honte."
Pour son logement avec deux chambres, ce mécanicien payait 3.000 dollars par mois, charges comprises. Une somme qui a fini par l'étrangler: après deux mois d'impayés, il a reçu un ordre d'expulsion.
"Les loyers, les prix sont trop élevés, la nourriture est trop chère, l'essence est trop chère", raconte-t-il à l'AFP, en quittant les lieux avec sa femme, sa fille et leur chien. "Je ne sais pas comment font les autres".
Cette scène est tristement habituelle à Phoenix, dans le sud-ouest des Etats-Unis. Dans le comté de Maricopa, qui abrite la métropole, les autorités effectuent environ 3.000 expulsions par mois. Des demandes d'expulsion au plus haut depuis 20 ans.
De quoi alimenter la déprime de nombreux électeurs, dans un Etat qui promet d'être clé pour l'élection présidentielle de novembre: en 2020, Joe Biden a devancé Donald Trump de seulement 10.000 voix en Arizona.
Chargé de gérer les expulsions locatives depuis 19 ans, l'agent du comté Lennie McCloskey assiste chaque jour aux conséquences de la surchauffe du secteur immobilier.
"Je vois des gars qui travaillent, avec deux emplois pour joindre les deux bouts, ou plusieurs familles dans le même appartement", raconte le sexagénaire, avec son gilet pare-balles et son revolver à la ceinture. "Les salaires ne suffisent pas à payer le loyer."
- "Travailler 68 heures" -
"Il y a cinq ans, Phoenix avait encore la réputation d'être relativement abordable: les loyers étaient bas, les coûts du logement étaient bas", explique Glenn Farley, économiste à l'institut Common Sense. "La situation s'est inversée plus ou moins du jour au lendemain."
Les salaires ont beau avoir augmenté de plus de 20% entre 2019 et 2022, l'inflation des dernières années a grignoté cette revalorisation "à elle seule", poursuit-il. Et en parallèle les coûts liés au logement ont augmenté de "40 à 60%".
Payer un crédit immobilier dans la région de Phoenix était envisageable en 2019 pour un salarié travaillant 40 heures par semaine, rappelle-t-il. "Désormais, il faut travailler 68 heures hebdomadaires."
Outre l'avortement et l'immigration - l'Etat est frontalier avec le Mexique, la perception de l'économie en Arizona sera donc un thème majeur lors de la présidentielle.
Et si Joe Biden vante régulièrement sa politique de relance et d'investissements dans les infrastructures, qui a créé de nombreux emplois, les sondages montrent qu'il peine à convaincre de nombreux Américains à cause du coût de la vie, devenu prohibitif.
- "Problème sans fin" -
Pour les acheteurs, les prix de l'immobilier sont "plus élevés qu'ils ne l'ont jamais été dans l'histoire de l'Etat", reprend M. Farley. Et "les prix des loyers restent très, très élevés, d'un point de vue historique."
Une situation en grande partie due à la pandémie, selon l'économiste.
Pendant la crise du Covid-19, des millions d'Américains ont découvert le télétravail. Beaucoup ont fui les Etats où l'immobilier avait atteint un niveau stratosphérique, comme la Californie voisine, pour s'installer dans des régions moins chères, dont l'Arizona.
Cette soudaine augmentation de la demande a fait grimper les prix en flèche à Phoenix, à un moment où la construction de logements était au point mort. Aujourd'hui encore, la ville souffre d'une pénurie de 65.000 logements.
"On a une explosion de la demande, une explosion de la population et un effondrement de l'offre", résume M. Farley.
Pour les forces de l'ordre, c'est toujours plus de personnes à expulser. "Cela rend les choses plus difficiles pour les gens", regrette l'agent McCloskey, après avoir délivré la mauvaise nouvelle à une autre famille. "Cela semble être un problème sans fin."
J.Gomez--AT