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La malnutrition menace les jeunes générations d'Afghans
Roya donne du lait maternisé à la cuiller à son nourrisson dans une salle d'hôpital réservée aux enfants souffrant de malnutrition, un mal qui touche un petit Afghan sur dix.
Sa petite fille de neuf mois a été hospitalisée déjà trois fois durant sa courte vie, dans la province reculée du Badakhshan (nord-est), sa mère ayant des difficultés à l'allaiter.
"Elle a repris un peu de poids, elle s'anime un peu", dit sa mère de 35 ans, en berçant dans ses bras Bibi Aseya, dans un hôpital du district de Baharak.
"Elle ne sourit toujours pas", se désole-t-elle, "mais avant je restais éveillée nuit et jour, maintenant je peux dormir".
La dénutrition est très répandue en Afghanistan, un pays meurtri par quatre décennies de guerre et qui se débat aujourd'hui avec des crises économique, humanitaire et climatique.
Dix pour cent des enfants de moins de cinq ans en Afghanistan souffrent de carence alimentaire et 45% accusent des retards de croissance -- des taux parmi les plus élevés du monde, selon les Nations unies.
"S'il n'est pas détecté dans les deux premières années de vie, le retard de croissance est irréversible et l'enfant ne pourra se développer pleinement mentalement et physiquement", dit Daniel Timme, chargé de la communication à l'Unicef, le Fonds des Nations unies pour l'enfance.
"Cela a aussi un grave impact sur le développement du pays dans son ensemble", dit-il à l'AFP.
- Deux patients par lit -
L'arrivée au pouvoir des talibans en 2021 a encore exacerbé le problème : l'aide internationale s'est tarie et de nombreux membres du personnel médical ont fui leur pays. Les femmes et les enfants ont été les premiers à en pâtir.
Hasina, 22 ans, et son époux Nureddin, 27 ans, exercent en tant que volontaires, dans le cadre d'un programme de l'Unicef dans le Badakhshan, région montagneuse frontalière du Pakistan, du Tadjikistan et de la Chine.
Le couple représente un filet de sécurité pour les plus de 1.000 habitants du village de Gandanchusma, qui peuvent venir consulter dans une pièce de leur maison aménagée en clinique de fortune.
Sur les murs de terre séchée, une carte du village et de nombreux posters éducatifs. Des femmes arrivent avec leur bébé pour vérifier s'il a une croissance normale.
Les bébés se tortillent dans l'air froid, tandis que les mères remontent leur manche afin que Hasina passe autour de leur bras un mètre ruban multicolore, qui indique si l'enfant est trop petit.
Les bébés sont ensuite pesés sur des balances suspendues.
"S'ils sont dénutris, on les envoie à la clinique", à une demi-heure de marche, explique Hasina.
La sous-nutrition est encore plus fréquente pendant les saisons chaudes, en raison des maladies liées à l'eau.
Quelque 79% des Afghans n'ont pas un accès suffisant à l'eau potable, selon l'ONU.
Samira, une infirmière à l'hôpital de Baharak, explique que la salle dédiée aux enfants dénutris est généralement pleine en été.
"Ca nous arrive d'avoir deux patients dans le même lit", dit-elle. Mais les enseignements prodigués sur l'allaitement ont toutefois réduit les taux de malnutrition.
- Femmes vulnérables -
Aisha, qui ne donne pas son vrai nom, a une pompe à eau potable chez elle, dans la localité de Khairabad, grâce à un programme de l'Unicef.
Dans un récent rapport alarmant sur le délabrement du secteur de la santé en Afghanistan, l'organisation Human Rights Watch souligne la vulnérabilité particulière des femmes, largement privées de liberté de mouvement, d'éducation et d'emploi.
Aisha et les autres villageoises échangent des informations notamment sur l'hygiène et la santé. Mais elle craint que ce ne soit pas suffisant pour combattre les difficultés sociales et économiques qui contribuent à la dénutrition et aux retards de croissance.
"C'est difficile pour nous au niveau du village, parce qu'on a beaucoup de femmes illettrées", dit Amina, une autre habitante.
"On a besoin de plus de travailleurs sociaux pour sensibiliser la population, distribuer des médicaments aux enfants dénutris et apporter du planning familial et des conseils de santé", dit-elle.
A.Moore--AT