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En Grèce, le carnaval à son apogée célèbre "la nuit des fantômes"
Le tintement tumultueux des sonnailles annonce son arrivée, une sono crache des cris de bêtes féroces: devant la foule, le fantôme d'Amfissa s'avance dans la nuit, marquant l'apogée des festivités du carnaval, célébré ce week-end dans toute la Grèce.
Dans cette petite ville du centre du pays, le public brandit ses smartphones à l'approche du monstre géant, fait de carton, cordes et tissu, et précédé par des elfes et des flambeaux. La tête est difforme, les dents longues, les yeux exorbités.
A Amfissa, 6.000 habitants, proche du sanctuaire antique de Delphes, au pied d'une montagne d'oliviers et de cyprès, "la nuit des fantômes" marque chaque année le moment fort du carnaval.
Dans la nuit, ils sont des milliers à y prendre part, le visage peint et surmonté de cornes, parés de peaux de chèvre, cloches et chaînes accrochées à la ceinture.
Ces célébrations se déroulent depuis près de trois décennies le dernier samedi avant le début du carême orthodoxe.
Ici, "nous célébrons une légende, pas une coutume" comme dans le reste de la Grèce en fête, explique le maire-adjoint d'Amfissa, Nikos Loupakos. "C'est ce qui fait notre particularité".
- Combat de géants -
La cérémonie évoque la destinée tragique de Roméo et Juliette locaux.
Constantis, un tanneur, et Lénio, une jeune fille d'Amfissa, se sont prêté serment d'amour et de fidélité.
Mais un jour, près du puits de Charmaïna, Lénio est frappée par la foudre. Désespéré, Constantis se suicide. Depuis, son fantôme se lamente autour du puits, erre dans les rues d'Amfissa et pousse des cris de bête qui épouvantent les locaux.
Samedi soir, le "fantôme de Charmaïna" a descendu avec lourdeur les 120 marches de pierre qui mènent de l'église à la principale place de la petite cité, cernée d'orangers et de cafés aux volets en bois.
Devant la foule, il a affronté deux fantômes tout aussi géants et affreux et comme chaque année, les a vaincus. Le clou de la "nuit des fantômes".
Les vendeurs de brochettes grillées ont alors pris le relais, de grandes tablées joyeuses et bruyantes se sont formées aux terrasses des cafés, la nuit festive a débuté.
"Cela fait 29 ans" que nous célébrons cette légende, se félicite Costas Panayiotas, un pompier de 42 ans, qui dirige "le fantôme de Charmaïna" à travers la ville.
- Perpétuer la tradition -
La tradition se poursuit "parce que nous le voulons, nous l'aimons et surtout (...) nous voulons que nos enfants la perpétuent" après nous, ajoute-t-il.
A côté de lui, Christos Doukas, 35 ans, se réjouit d'être de l'aventure chaque année.
"C'est incroyable!", piaffe-t-il. "C'est vraiment (un moment) d'évasion (...) Nous ne nous soucions plus de rien. Une journée durant, on oublie nos problèmes".
Mais pourquoi ces costumes?
L’économie d’Amfissa reposait sur le tannage, la fabrication de cloches et de cordes, rappelle le maire-adjoint.
Outre Amfissa, le carnaval ("Apokries" en grec), qui débute trois semaines avant le carême, est particulièrement célébré à Patras, le grand port de la péninsule du Péloponnèse, mais aussi à Xanthi, dans le nord-est du pays, ou Réthymnon, sur l'île de Crète.
Il tire son origine de la Grèce antique et est lié au culte de Dionysos, le Dieu de la vigne, du vin et de l'ivresse. Les fêtes dionysiaques marquaient le passage de l'hiver au printemps.
A l'issue du "lundi pur", la très orthodoxe Grèce entamera un carême ("Sarakosti") de 40 jours avant les impressionnantes célébrations de Pâques.
Durant cette période seront bannis des tables viande, oeufs, lait, poisson.
Lundi, c'est la cité côtière de Galaxidi, à 30 km d'Amfissa qui prendra le relais des célébrations.
Ses habitants se livreront à des batailles de farine colorée tandis qu'en ce jour férié, le ciel de Grèce se remplira de cerfs-volants.
H.Romero--AT