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Des skieurs afghans essaient d'entretenir la flamme
Esmatullah Haidari s'élance sur la piste de ski sous les vivats de ses adversaires, qui espèrent battre son meilleur temps mais partagent avec lui la même détermination à faire vivre ce sport en Afghanistan.
Le ski n'est pas couramment pratiqué dans ce pays disposant de nombreuses montagnes, mais très pauvre après quatre décennies de guerre. L'équipement est rare et coûteux, et la Fédération afghane de ski n'a pas les moyens de faire de promotion.
Ce sport a aussi perdu ses meilleurs pratiquants et des sponsors après la chute en 2021 du gouvernement soutenu par les Américains et le retour au pouvoir des talibans.
Malgré tout, quelques centaines de passionnés continuent d'entretenir la flamme, dans une poignée de provinces.
La Fédération a organisé une compétition la semaine dernière sur une montagne proche de la ville de Bamiyan, dans le centre du pays.
"Les courses de ski ont perdu un peu de leur couleur" sous le gouvernement taliban, mais "il y a encore des skieurs enthousiastes qui ne veulent pas que le ski disparaisse", déclare à l'AFP Esmatullah, 23 ans, qui est le capitaine d'une équipe locale.
Affublés de tenues fluorescentes dépareillées, les skieurs portent leur ski sur l'épaule pour gagner le haut de la piste, en l'absence de tout système de remontée.
Une poignée de spectateurs - des hommes - applaudissent à chaque arrivée de skieurs. La compétition s'adresse à la fois aux enfants et aux adultes, mais pas aux femmes, auxquelles les autorités talibanes interdisent la pratique de tout sport.
- "Nos soeurs nous manquent" -
Pourtant, selon la Fédération, près de 60% des skieurs étaient des femmes, avant l'arrivée au pouvoir des talibans.
Sur les sommets enneigés de Bamiyan, près du site des Bouddhas géants dynamités par les talibans en 2001 sous leur précédent régime, ce sport est populaire depuis plus d'une décennie.
Sous le précédent gouvernement, la région attirait des centaines de skieurs et de spectateurs, dont des femmes et des touristes étrangers.
Ces derniers continuent de venir skier. Certains se sont joints à des Afghans le 1er mars pour une course organisée par le club local de Bamiyan. Mais aucune femme afghane n'est là.
"Nous ressentons leur absence", souligne Shah Agha Rezayee, un entraîneur et skieur expérimenté qui rêve de voir l'Afghanistan représenté aux Jeux olympiques.
"Tout le monde devrait être libre et pouvoir étudier et faire du ski. Cela n'a aucune importance que vous soyez une fille ou un garçon", ajoute-t-il. "Nos soeurs nous manquent beaucoup."
Les skieurs afghans doivent se débrouiller avec de l'équipement issu de donations - avant la course organisée par le club de Bamiyan, des touristes ont ramené 130 kg d'équipement dans le pays - et des skis en bois.
Beaucoup prennent des risques en descendant sans casque ou avec un équipement minimal.
- "Nous ne laisserons pas le ski mourir" -
Ces fans ont "ranimé l'esprit" du ski, en continuant malgré les difficultés, apprécie Shah Agha Rezayee. "Nous devons travailler pour ça, parce que c'est ce qui nous motive, nous intéresse et ce que nous aimons".
La course de la semaine passée a été inaugurée par le gouverneur taliban de la province, Abdullah Sarhadi. Un signe encourageant selon les participants, qui ont toutefois réclamé un soutien plus concret, et que la permission soit accordée aux femmes et filles de skier.
"Nous avons un budget très limité", observe Mohammad Daud Kargar, le président de la Fédération. "Par le passé, quelques organisations coopéraient avec nous, mais ces trois dernières années nous n'avons reçu aucune aide."
Nasratullah Nasrat, qui a appris à skier en regardant des vidéos sur YouTube, espère pouvoir porter un jour les couleurs de l'Afghanistan en compétition, mais s'inquiète aussi des "ressources très limitées" à la disposition des skieurs.
"Malheureusement, le gouvernement n'y prête guère attention. Les pistes n'ont pas été préparées et récemment il y a eu moins de chutes de neige", raconte le jeune homme de 20 ans, venu de la province voisine du Wardak.
La neige est arrivée avec beaucoup de retard cette année dans ce pays habitué aux très rudes hivers mais qui, dans le même temps, est fortement touché par le changement climatique et subit sa troisième année de sécheresse.
Esmatullah lui aussi reconnaît que son sport fait face à nombre de défis en Afghanistan, mais ne perd pas espoir.
"Même si nous n'avons pas les ressources, nous ferons des skis en bois et nous ne laisserons pas le ski mourir en Afghanistan, en particulier à Bamiyan", promet-il.
F.Ramirez--AT