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Au Pakistan, des femmes au guidon de motos bravent les traditions
Sur un terrain poussiéreux de Karachi, la plus grande ville du Pakistan, des femmes aux voiles colorés, enserrés par un casque, apprennent à slalomer entre des plots au guidon de motos de petite cylindrée.
Ce genre de scène est rare dans ce pays musulman conservateur, où les femmes sont généralement reléguées à l'arrière des voitures, ou assises en amazone - les deux jambes d'un même côté -, et surtout pas à califourchon, sur un deux-roues conduit par un homme de leur famille.
"Le changement est en route", déclare Zainab Safdar, 40 ans, en démontrant comment conduire une moto le corps recouvert d'une abaya bleue.
Elle est instructrice pour "Rowdy Riders" (motardes turbulentes), un groupe destiné aux femmes uniquement, qui enseigne à Karachi la conduite aux novices, des rudiments comme se tenir sur un vélo, aux changements de vitesse, en passant par apprendre à se faufiler dans la circulation.
Depuis sa création en 2017 par quelques pionnières, le groupe s'est bien agrandi. Il compte désormais plus de 1.500 membres: femmes au foyer, étudiantes ou femmes au travail.
"Par le passé, il y avait des idées fausses" sur la capacité des filles à conduire des motos, constate Zainab Safdar. "Heureusement, avec une meilleure sensibilisation, ces idées ont disparu."
Au Pakistan, beaucoup de femmes renoncent à travailler simplement parce qu'il n'existe qu'une offre limitée de transports collectifs garantissant leur sécurité.
Dans cette ville tentaculaire, donner aux femmes les compétences et la confiance de se joindre aux hommes dans le tohu-bohu de la circulation, leur ouvre un nouvel espace de liberté.
La plupart des élèves ont beau venir de la classe moyenne de Karachi, les convenances restent étroitement respectées.
Shafaq Zaman, 30 ans, une maître de conférence en université, raconte que cela lui "a pris du temps d'obtenir la permission" de sa famille pour prendre des cours afin d'apprendre à faire du vélo, il y a deux mois.
- "Surmonter d'autres défis" -
Parmi la dizaine de femmes assemblées sous le soleil de fin d'après-midi, elle observe avec sa fille de sept ans, Aleesha, quelques-unes d'entre elles démarrer leur moteur, puis mettre les gaz et partir dans un nuage de poussière.
"Cela m'inspire tellement que maintenant j'ai mon propre rêve. Je veux conduire une grosse moto. Je veux traverser tout le Pakistan", dit-elle.
Son histoire n'a rien d'inhabituel. Au Pakistan, de tout jeunes garçons sont souvent aperçus au guidon de motos, mais parmi les membres des "Rowdy Riders" beaucoup n'ont pas appris à monter sur un vélo avant d'être parfois bien avancées dans l'âge adulte.
"Il devrait y avoir un vélo dans chaque maison. Et généralement il y en a un, mais il pourrit parce que les hommes ne s'en servent pas et que les femmes ne savent pas en faire", remarque Sana Kamran, 41 ans, assise - avec assurance - à cheval sur sa Suzuki 110 cc.
"Si les femmes peuvent assumer les responsabilités du foyer et gagner leur vie, pourquoi ne peuvent-elles pas conduire une moto si elles le veulent?", demande-t-elle.
Les motos, le plus souvent de petites Honda rouges ou des répliques chinoises bon marché, considérées comme capables de passer sur tous les types de terrain, sont omniprésentes au Pakistan.
En apprenant à maîtriser la sienne, Farwa Zaidi, 26 ans, a connu plusieurs chutes et fractures. Mais les blessures sont un gage de prestige qu'elle porte aussi fièrement que l'insigne des "Rowdy Riders" sur son sweat à capuche.
"Me voilà, je reste forte", affirme-t-elle, debout près de son scooter électrique.
Avec sa petite taille, 1m37, il lui est difficile de se faire une place à l'intérieur des bus bondés de la ville. Mais apprendre à conduire lui a ouvert un nouvel horizon.
"Une fois qu'on sait faire du vélo, cela vous donne une confiance neuve dans votre capacité à surmonter d'autres défis".
Th.Gonzalez--AT