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Femmes de sciences: comment préserver une "nécessaire diversité" ?
"Beaucoup moins de jeunes femmes veulent s'engager dans la science". Comme Yasmine Belkaid, nouvelle directrice générale de l'Institut Pasteur, plusieurs chercheuses et dirigeantes d'instituts de recherche cherchent à promouvoir une "diversité nécessaire" dans le milieu scientifique.
Avant elle, une seule femme avait occupé sa fonction depuis la création de l'Institut par Louis Pasteur en 1887. Tout juste arrivée, cette scientifique de renom, dont les recherches sont centrées sur les microbes et le système immunitaire, assure vouloir contribuer à "changer une culture".
Née en Algérie, Yasmine Belkaid a su qu'elle voulait "faire de la science" dès l'âge de 6 ans. "Quand j'ai mis les pieds dans un labo, je me suis sentie chez moi", raconte la scientifique de 55 ans, lors d'une rencontre organisée à l'Institut Pasteur avec d'autres femmes à la tête d'instituts de recherche dans le domaine de la biologie, à l'occasion de la Journée internationale des droits des femmes du 8 mars.
Son fils nait pendant sa thèse. "J'ai demandé une extension d'un an à mon directeur de thèse qui a refusé, en me rétorquant que c'était +mon problème+", se souvient-elle. "Avoir un enfant et faire de la science était alors considéré comme un péché cardinal".
Installée au Etats-Unis pour suivre un stage postdoctoral en biologie des parasites intracellulaires, elle y décroche différents postes de direction.
"Je n'avais pas de plans, je ne m'étais jamais projetée dans le +leadership+", témoigne celle qui veut que ces postes décrochés grâce à des opportunités de la vie le soient désormais "au mérite".
"Moi non plus, je ne me projetais pas du tout dans une position de +pouvoir+", abonde Bana Jabri, professeure à l'Université de Chicago et future directrice de l'Institut Imagine à Paris, en pointe contre les maladies génétiques. "J'étais poussée par une seule passion: celle de la science".
Elle aussi se remémore avec amertume avoir eu de grandes difficultés à poursuivre la recherche et la médecine à la naissance de sa première fille, alors qu'elle était encore interne. "J'avais demandé d'intégrer un programme de recherche, ça a été un refus complet", regrette-elle.
- "Perte de confiance" -
Même expérience pour Fabiola Terzi, directrice de l'Institut Necker enfants malades à Paris. "Il m'a fallu faire un choix entre la clinique et la recherche, on m'a fait comprendre que je ne pouvais pas faire les deux alors que je voyais plein d'hommes directeurs de labos", déplore cette Italienne.
Les choses ont-elles changé ces dernières années ? "Oui, de nos jours dans les symposiums internationaux, on n'a aucun problème à avoir un nombre identique d'hommes et de femmes avec le même niveau d'excellence", apprécie notamment Bana Jabri.
"Il y a des changements car dans les comités de sélection, on est plus attentif à donner des postes aux femmes", se félicite pour sa part Florence Niedergang, directrice de l'Institut Cochin.
Malgré ces avancées, les scientifiques restent inquiètes pour l'avenir: "Je sens une perte de confiance et d'espoir chez les jeunes et surtout les jeunes femmes, le métier devient moins désirable", prévient Yasmine Belkaid. "En science, interrompre un programme de recherche est irréversible", souligne-t-elle. "Si on veut conserver des femmes à ces postes, il va falloir prendre des mesures".
Parmi les idées évoquées: des places en crèche qui seraient automatiquement attribuées aux femmes scientifiques, après la naissance d'un enfant. Ou l'apport de l'aide de techniciens dans leur labo.
A l'Institut Pasteur, l'une des premières actions de Yasmine Belkaid a été la nomination de Mariana Mesel-Lemoine, une directrice chargée de la diversité, de l'équité et de l'inclusion.
"En post-doctorat au sein de l'institut de recherche, j'avais moi-même manqué de modèles féminins", confie cette nouvelle dirigeante qui ne veut surtout pas se priver des "talents de demain".
Seuls 30% des chefs d'équipe au sein de l'Institut de recherche sont des femmes.
S.Jackson--AT