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Dans la campagne belge, l'insidieuse pollution des granulés plastiques
Elles sont enfouies dans la terre et les fossés, constellent les berges et cours d'eau: une commune belge se bat contre la pollution "insidieuse" des micro-billes de plastique produites sur son territoire, à l'heure où l'UE veut muscler ses règles.
Fin 2023, l'incident a stupéfié l'Espagne: les plages de Galice étaient recouvertes d'une "marée blanche" de microplastiques, échappés d'un conteneur tombé dans la mer, que des volontaires recueillaient au tamis.
Des images familières à Ecaussinnes, petite ville de la campagne wallonne abritant le deuxième plus gros complexe pétrochimique de Belgique, où la pollution de ces granulés de polymère perdure depuis des décennies.
"On les retrouve aux alentours des sites industriels, dans les cours d'eau jusqu'à 8 kilomètres en aval, ils s'incrustent dans les berges, en fonction des précipitations ils arrivent sur des terres agricoles", s'alarme Arnaud Guérard, élu municipal en charge de l'environnement.
Selon la Commission européenne, jusqu'à 184.000 tonnes de granulés plastiques disparaissent chaque année dans la nature dans l'UE, l'équivalent de 20 poids-lourds par jour.
L'élu belge lui dénonce les "processus dysfonctionnels" de la zone industrielle où le géant français TotalEnergies produit annuellement, à partir de pétrole, plus d'un million de tonnes de "pellets" (microbilles de polymères de moins de 5 mm), stockés dans d'immenses silos. Une fois fondus, ces granulés servent à fabriquer des objets en plastique.
Elles sont ensuite transportées par trois sociétés logistiques installées à côté, où des ouvriers manipulent de grands sacs ouverts remplis de billes, au milieu d'un ballet de poids-lourds.
"Il faut contenir ces granulés, arrêter cette manutention en vrac en +big bags+ non fermés", soupire l'élu, selon qui ces billes s'échappent lors des chargements et du nettoyage "peu scrupuleux" des camions.
- Pertes "chroniques" -
TotalEnergies affirme avoir adopté "de nombreuses mesures préventives" : tuyau étanche les acheminant vers un site voisin, souffleur géant "retirant les granulés" des camions, "nettoyage régulier" sur la zone avec "inspection des routes deux fois par semaine".
Elément de base, une fois fondus pour fabriquer des objets en plastique, les pellets constituent "une pollution insidieuse et chronique à travers l'Europe, avec des pertes à toutes les étapes": production, transport par camion et sur mer, stockage inapproprié, insiste Lucie Padovani, de l'ONG Surfrider.
Ensuite, ces minuscules pellets "vont être extrêmement durs à récupérer : ils sont non-biodégradables et vont se dégrader en micro-particules encore plus petites", souligne Natacha Tullis, de l'ONG Pew Charitable Trust.
"Avec un impact assez grave sur l'environnement : la faune des milieux aquatiques peuvent les ingérer" au risque que cette pollution "invisible" intègre la chaîne alimentaire, alors que "ce sont des éponges à polluants", susceptibles de libérer des composants toxiques, souligne-t-elle.
A Ecaussinnes, la municipalité a installé des barrages filtrants sur les ruisseaux, au risque d'y retrouver des batraciens victimes de la pollution.
Après 16 ans de plaintes d'habitants et d'infractions constatées par ses agents, la ville a tenté de dialoguer avec les quatre entreprises concernées, avant de durcir les conditions des permis accordés, et enfin d'engager une procédure judiciaire, encore en cours.
- "Lacunes" -
"Ces entreprises ne reconnaissent pas leur responsabilité. Il ne serait pas normal que ce préjudice environnemental soit à la charge de la collectivité alors qu'elles ont les moyens d'adopter des actions pour éviter cette pollution", insiste M. Guérard, réclamant un renforcement réglementaire.
La Commission européenne a proposé en octobre une législation pour endiguer les fuites de granulés plastiques, en obligeant les grandes entreprises à muscler leurs mesures de prévention, évaluer les risques et prévoir des protocoles de "nettoyage".
Les ONG déplorent les "lacunes" du texte, qui doit encore être négocié par les Etats membres et eurodéputés.
"Il ne suffira pas en l'état à endiguer la pollution. Seules les très grosses entreprises sont ciblées, pas les PME constituant l'essentiel des transformateurs de plastique", et "le transport maritime n'est pas inclus", explique Lucie Padovani.
La "certification" proposée "doit être obligatoire pour tous les acteurs de la chaîne : la moindre tonne, c'est déjà 50 millions de pellets", abonde Natacha Tullis.
De plus, "sur une base volontaire, les initiatives ne sont pas suffisantes. On le voit à Ecaussinnes, où il n'y a pas de nettoyage systématique, ni de devoir de vigilance", confirme l'eurodéputée écologiste belge Saskia Bricmont, désireuse de durcir le projet.
Selon elle, un autre texte sur la criminalité environnementale, qui doit être définitivement entériné mardi au Parlement européen, pourrait également permettre de sanctionner les défaillances entraînant ces rejets accidentels.
H.Gonzales--AT