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"J'ai joué, j'ai perdu": premiers aveux à Bruxelles dans un méga-procès pour trafic de drogue
"Madame la présidente, j'ai joué, j'ai perdu". Un Albanais de 50 ans, jugé à Bruxelles comme dirigeant présumé d'un trafic de cocaïne, a avoué lundi son implication dans des transports de drogue à travers toute l'Europe, avant son arrestation par la police belge en 2021.
Eridan Munoz Guerrero est un des principaux prévenus dans ce méga-procès ouvert devant le tribunal de Bruxelles, au côté de plus de 120 autres personnes - françaises, belges, albanaises, colombiennes ou maghrébines - confondues en bonne partie grâce au décryptage des messageries Encrochat et Sky ECC.
Premier à être appelé à la barre, il a expliqué être chargé de la location de voitures de luxe et de la surveillance de chauffeurs qui livraient en cocaïne l'Italie, l'Allemagne ou encore la Suède, au départ de la Belgique.
"J'assume ce que j'ai fait, je confirme toutes mes déclarations faites à la police, je confirme avoir dirigé un groupe" de trafiquants, a-t-il déclaré.
Il a souligné notamment s'être chargé d'aménager des caches pour la drogue dans les grosses cylindrées utilisées pour les livraisons.
Mais "il y a ici cent personnes que je ne connais même pas", a ajouté Eridan Munoz Guerrero, dans un français limpide.
Le dossier porte sur un vaste trafic international de cocaïne et de cannabis, démantelé par la police belge en 2021-2022 en collaboration avec celles d'Italie et d'Allemagne.
Les drogues étaient acheminées dans des conteneurs en provenance respectivement d'Amérique du Sud et du Maroc, via les ports d'Anvers, Rotterdam, Hambourg et Le Havre. La cocaïne était transformée en Belgique, parfois coupée avec des produits chimiques.
L'accusation dit avoir identifié différents groupes criminels actifs depuis 2017, "structurés, hiérarchisés" et présentant entre eux "des liens commerciaux illicites" ou "de connexité".
Eridan Munoz Guerrero, né en Albanie en 1973 et qui a vécu dans les années 2000 en Allemagne où il est connu de la justice, compte parmi la douzaine de prévenus ciblés comme "dirigeants" présumés d'une organisation criminelle.
Au total 125 personnes sont jugées, dont une qui n'a jamais été identifiée. A cela s'ajoutent quatre entreprises établies en Belgique, soupçonnées de dissimuler des activités illicites.
- Quatre pseudonymes sur Sky ECC -
Certains prévenus comme Munoz Guerrero sont en détention préventive en Belgique depuis leur arrestation. D'autres comparaissent libres. Plusieurs ont déjà été signalés absents par leur avocat lundi matin à l'ouverture des débats.
L'un a été arrêté en Espagne où il avait fui en violation de son contrôle judiciaire, un autre a refusé d'être extrait de cellule lundi matin, sa prison en Belgique étant jugée trop éloignée du tribunal, a expliqué son conseil.
Le procès était censé démarrer début novembre, mais a connu plusieurs faux départs en raison d'une demande de récusation des juges du tribunal, finalement rejetée fin novembre.
Participation à une organisation criminelle, violation de la législation sur les stupéfiants, trafic d'armes, etc: une grosse dizaine d'infractions sont visées dans ce procès. Il est aussi question de séquestration et de tentative d'extorsion au préjudice de certains acteurs du dossier.
Des avocats de la défense ont ironisé sur le coté "fourre-tout" de la procédure.
"On essaie d'imiter les grands procès de la mafia italienne, c'est une sorte de coup de comm'!", a grincé Guillaume Lys, avocat d'un prévenu bruxellois.
Selon ce pénaliste, il y a dans ce méga-procès "des dizaines de dossiers qui auraient dû être jugés séparément".
Le procès devrait durer au minimum quatre mois, à raison de trois jours d'audience par semaine. Un jugement n'est pas attendu avant mi-2024.
Outre les saisies opérées dans les ports ou dans les laboratoires de transformation de la cocaïne opérés en Belgique, l'enquête s'est appuyée sur des informations interceptées sur Encrochat et Sky ECC.
Ces systèmes téléphoniques cryptés, très prisés des criminels, avaient été démantelés en 2020 et 2021 grâce aux efforts conjoints des polices néerlandaise, française et belge.
Concernant Eridan Munoz Guerrero, les enquêteurs ont identifié au moins quatre pseudonymes différents utilisés pour communiquer sur Sky ECC.
A.Taylor--AT