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Les Nigérians se ruent sur le carburant avant la fin prochaine de subventions
D'immenses files d'attente se sont formées mardi devant les stations-service du Nigeria après l'annonce du nouveau président Bola Tinubu de supprimer prochainement les subventions sur le carburant, semant un vent de panique chez les consommateurs.
Tout juste investi président, Bola Tinubu a déclaré lundi qu'il n'y aurait aucune dépense pour les subventions dans son budget, en accord avec sa promesse de campagne.
"Nous allons plutôt réorienter les fonds vers de meilleurs investissements dans les infrastructures publiques, l'éducation, les soins de santé et les emplois qui amélioreront la vie de nos concitoyens" a affirmé M. Tinubu, 71 ans, lors de son discours d'investiture.
"Les subventions disparaissent", a-t-il ajouté sans donner de date précise, semant la confusion auprès de la population et provoquant la ruée des automobilistes vers les stations-services.
L'équipe de communication du président s'est empressée de préciser mardi que les subventions arrivent à échéance fin juin, décrivant l'achat panique de carburant comme "inutile".
Le Nigeria échange son pétrole brut estimé à des milliards de dollars contre du carburant importé (en raison de la défaillance de ses raffineries d'Etat) qu'il subventionne par la suite, pour garder un prix artificiellement bas sur le marché, créant un gouffre financier.
C'est donc une mesure très populaire auprès de la population mais qui siphonne chaque année des milliards de dollars des caisses publiques.
Sa suppression, préconisée de longue date par la Banque mondiale et le FMI pour favoriser le développement, fait craindre une hausse importante du prix du carburant à court terme dans le pays le plus peuplé d'Afrique, où près de la moitié des Nigérians vit déjà dans l'extrême-pauvreté.
"Aucun palliatif n'a été mis en place pour faire avancer les choses. Je pense que nous nous dirigeons vers une situation terrible, pire qu'avant", assène, excédé, Emeka Emef, un fonctionnaire de 43 ans devant une station à Lagos, capitale économique.
"C'est plus de souffrance pour les Nigérians", lâche-t-il, déjà confrontés à une inflation à deux chiffres.
Au cours des dix dernières années, les autorités ont tenté de supprimer ces subventions à plusieurs reprises. En vain. Chaque fois, elles ont dû faire machine arrière face à la colère de la population, gonflée à bloc par les syndicats.
En 2012, l'armée était même descendue dans les rues pour maintenir le calme lors de manifestations monstres.
S.Jackson--AT