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Sénégal: l'opposant Sonko appelle à manifester "massivement" à l'approche d'un verdict
L'opposant Ousmane Sonko appelle les Sénégalais à se lever "comme un seul homme" contre le pouvoir à l'approche d'un verdict capital contre lui dans une affaire de viols qui subjugue l'opinion en vue de la présidentielle et sème à nouveau la violence à Dakar.
"J'appelle tous les Sénégalais à sortir massivement", a déclaré dans la nuit de lundi à mardi sur les réseaux sociaux M. Sonko. Il s'est dit "séquestré" chez lui par les forces de sécurité après avoir été interpellé dimanche et ramené dans la capitale.
"Que tout le monde se lève comme un seul homme parce que force doit rester au peuple", a-t-il renchéri. M. Sonko, candidat déclaré à la présidentielle de 2024 mais menacé d'inéligibilité, adversaire le plus rétif du président Macky Sall, a exhorté à un "mouvement de résistance national" face aux tentatives de ce dernier d'instaurer un régime dictatorial selon lui.
Depuis dimanche, un déploiement policier massif bloque les rues donnant accès à sa maison. Des groupes de jeunes et les forces de sécurité se sont affrontés à coups de pierres et de gaz lacrymogènes lundi dans des quartiers voisins et autour de l'un des principaux axes traversant la métropole.
Des jeunes ont attaqué les maisons de collaborateurs du président, ont incendié des véhicules et des bus et détruit du matériel urbain, ont rapporté les médias.
C'est un énième accès de fièvre autour de M. Sonko, et la tension menace d'augmenter encore d'ici à jeudi.
Une chambre criminelle de Dakar devrait dire ce jour-là, sauf report, si elle déclare M. Sonko coupable ou non de viols commis entre 2020 et 2021 sur une masseuse d'un salon de beauté de la capitale, et de menaces de mort.
Le procureur a requis contre le troisième de la présidentielle de 2019 et président du parti Pastef dix ans de réclusion criminelle pour viols, ou au minimum cinq ans de prison pour "corruption de la jeunesse".
Le viol, criminalisé depuis 2020, est passible de dix à 20 ans de prison.
L'enjeu est autant criminel que politique. M. Sonko, 48 ans, risque de perdre son éligibilité, déjà compromise par une récente condamnation à six mois de prison avec sursis pour diffamation contre un ministre.
Il n'a cessé de protester de son innocence et de crier au complot ourdi par le président, qui s'en défend.
Depuis la plainte d'Adji Sarr, employée du salon Sweet Beauté, en février 2021, M. Sonko est engagé dans ce que certains appellent un Mortal Kombat, du nom d'un jeu vidéo, pour sa survie judiciaire et politique et contre M. Sall.
- "Au nom de quoi..." -
Une vingtaine de civils ont été tués dans des troubles largement liés à sa situation. Le pouvoir et le camp de M. Sonko se rejettent la faute.
M. Sonko accuse le pouvoir de vouloir l'éliminer politiquement et de réprimer la contestation. Le camp présidentiel accuse M. Sonko de se servir de la rue pour une affaire privée, et d'inciter à l'insurrection.
Les autorités ont fait état de trois morts à Dakar et ailleurs dans des violences liées à la tenue de son procès.
M. Sonko a décidé de ne pas comparaître, disant craindre pour sa sécurité et remettant en cause l'impartialité d'une justice instrumentalisée selon lui. Une condamnation par contumace pourrait signifier la déchéance de ses droits électoraux.
Retranché à Ziguinchor (sud), ville dont il est maire, protégé d'une éventuelle arrestation par des barrages de jeunes partisans déterminés, il a décidé de rentrer vendredi à Dakar et de faire une démonstration de sa popularité.
Le cortège a drainé des foules de jeunes. Mais il a aussi donné lieu à de nouvelles confrontations avec les gendarmes.
Les autorités, invoquant la mort d'un homme et le trouble à l'ordre public, l'ont finalement fait interpeller dimanche et reconduire chez lui par les gendarmes.
M. Sonko a assuré dans la nuit qu'il avait décidé de toute façon de rentrer, son objectif ayant été "largement atteint", et pour protéger son équipe, susceptible d'être "décimée".
"Une fois à Dakar, j'ai été séquestré", a-t-il dit. "Au nom de quoi, dans un pays qui se dit démocratique, on peut séquestrer un citoyen qui n'a de tort que d'être un opposant ferme et farouche au régime (du président) Macky Sall, sans aucun sous-bassement judiciaire", a-t-il demandé.
La plainte d'Adji Sarr a passagèrement mis la question du viol sur une place publique où elle est volontiers passée sous silence. La plaignante a été attaquée et menacée sur les réseaux sociaux. Mais elle a toujours réclamé justice et maintenu ses accusations au procès.
Th.Gonzalez--AT