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Retraites: l'heure du vote sur les motions de censure, sur fond de vives tensions
A quitte ou double: les deux motions de censure contre le gouvernement d'Elisabeth Borne vont être mises au vote lundi de l'Assemblée nationale, et la réforme des retraites pourrait être adoptée définitivement, malgré la colère dans le pays qui ne faiblit pas.
Le déclenchement jeudi de l'arme constitutionnelle du 49.3 par la Première ministre pour faire passer sans vote la réforme n'a fait que redoubler la contestation, qui dépasse souvent le sujet du recul de l'âge de la retraite de 62 à 64 ans.
Dans une manifestation à Lille dimanche soir, David Duthoit, agriculteur de 54 ans, disait son "écœurement politique de ce qui se passe en France, le 49.3, les parlementaires qui ne répercutent pas la parole du peuple".
Depuis jeudi, des rassemblements organisés ou spontanés se déroulent sur tout le territoire, dans le calme ou avec des débordements.
Le président a rappelé les "mois de concertations politique et sociale" et les "plus de 170 heures de débat qui ont abouti sur le vote d'un texte de compromis" entre sénateurs et députés en commission mixte.
Le numéro un de la CGT Philippe Martinez estime lui que "c'est de la responsabilité" d'Emmanuel Macron "si la colère est à ces niveaux-là".
L'intersyndicale a appelé à une neuvième journée de mobilisation, ce jeudi, tandis que la grève s'est durcie dans les raffineries et que les éboueurs poursuivent leur mouvement à Paris, Rennes ou Nantes.
Lundi, des arrêts de travail de surveillants sont redoutés dans les lycées, pour la première journée des épreuves de spécialité du bac 2023.
Le ministère de l'Education a pris des dispositions, et en cas de retard dû à une grève des transports, il y aura aménagement du temps d'épreuve.
- Seuil de 287 voix -
Du côté du Palais Bourbon, c'est à partir de 16H00 que la température risque de monter à nouveau. Les deux motions visant à renverser le gouvernement, l'une transpartisane du groupe Liot et l'autre du RN, en réplique au 49.3, seront mises successivement au vote en fin de journée.
Cosignée par des députés de la Nupes, la motion Liot (Libertés, Indépendants Outre-mer et Territoires) a davantage de chances d'être votée par des élus de droite défavorables à la réforme des retraites. Mais la barre de la majorité absolue de 287 voix paraît difficile à atteindre.
Il faudrait qu'une trentaine de LR, soit la moitié du groupe d'Olivier Marleix, joignent leurs suffrages à ceux de la gauche, du RN et de Liot. Or le parti de droite a soutenu la réforme et ne veut pas "rajouter du chaos au chaos" en faisant tomber le gouvernement.
Une poignée de députés LR ont cependant indiqué qu'ils voteraient la motion Liot voire les deux motions. Aurélien Pradié, en pointe parmi les frondeurs du parti, se décidera lundi.
"Cette réforme est nécessaire", a martelé jeudi à la tribune Elisabeth Borne, en première ligne pour porter le projet de campagne du président. Sous les huées et une Marseillaise entonnée par les Insoumis, elle a déclenché, faute d'une majorité certaine, son onzième 49.3, le plus difficile après la série sur les budgets.
Il y aura bien "un vote", entre "ceux qui sont pour ou ceux qui sont contre la réforme", avait-elle assuré ensuite, alors que les députés n'auront finalement jamais voté l'ensemble du texte.
"Ce sera un moment de vérité" et de "clarté", a insisté durant le week-end la majorité présidentielle. Et le ministre de l'Economie Bruno Le Maire de tacler "un attelage clownesque" entre "Mathilde Panot (LFI), Marine Le Pen (RN) et Charles de Courson (Liot), alliés" pour "constituer une majorité alternative".
- Fin de parcours ? -
Le rejet probable des motions vaudra adoption définitive de la réforme, avant sa promulgation par le chef de l'Etat dans quelques semaines a priori.
Les pressions sur les députés macronistes ou LR se sont multipliées, avec de nombreuses permanences parlementaires cibles de tags et d'inscriptions vengeresses, et celle d'Eric Ciotti à Nice caillassée dans la nuit de samedi à dimanche, et taguée avec l'inscription "La motion ou le pavé".
Même si les motions sont rejetées, la gauche n'a pas dit son dernier mot: un référendum d'initiative partagée est dans les tuyaux, et des recours au Conseil constitutionnel se préparent.
Pour le dirigeant de La France insoumise Jean-Luc Mélenchon, "tant que la réforme à 64 ans est proposée, il faut continuer" la mobilisation.
Le camp présidentiel est lui pressé de tourner la page. "Quoi qu'il arrive, après lundi on passera à autre chose", selon la cheffe de file des députés Renaissance Aurore Bergé.
Une intervention d'Emmanuel Macron pourrait avoir lieu dans les prochains jours.
A.Williams--AT