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Retraites: des rassemblements dans plusieurs villes, barricades et charges à Paris
Après l'activation du 49.3 et avant le débat sur les motions de censure contre le gouvernement, les opposants à la réforme des retraites mettent à profit le week-end pour exprimer leur colère, à travers plusieurs rassemblements en régions ainsi qu'à Paris, théâtre de tensions en fin de journée pour la troisième soirée consécutive.
Préventivement, la place de la Concorde - située près de l'Assemblée nationale et à moins d'un kilomètre de l'Elysée - avait été interdite aux manifestants et placée dès l'après-midi sous très haute surveillance, après avoir été au centre des troubles jeudi soir et vendredi soir. Des centaines de policiers y ont été déployés, procédant à de nombreuses fouilles et à des contrôles d'identité, selon des journalistes de l'AFP.
Des milliers de manifestants - 4.000 selon la police - ont toutefois marché dans le sud de la capitale, autour de la place d'Italie, telle Mme Allemand (qui n'a pas souhaité donné son prénom), technicienne à Santé publique France de 55 ans, se disant "usée par le travail".
Barricades, feux de poubelles et d'abribus, jets de projectiles: des heurts avec la police ont finalement éclaté dans la soirée en marge de cette manifestation et 81 personnes ont été interpellées place d'Italie et alentour.
En régions, des grosses villes aux bourgs moyens, des rassemblements similaires ont eu lieu: Amiens, Caen, Saint-Etienne, Roanne, Besançon, Dijon, Grenoble, Gap, Annecy, Lodève, etc.
"L'Assemblée a besoin d'avoir une caisse de résonance dans la rue, assurait à Lille une manifestante de 29 ans, Léa, "en colère" face un gouvernement "sourd à toute la mobilisation". "On a besoin d'être là pour montrer qu'on est en désaccord profond avec cette réforme structurante qui touche tout le monde", ajoutait cette chargée de mission dans l'associatif agricole.
- "Tension sociale" -
A Nantes, le cortège a compté 6.000 participants selon la police, 15.000 selon les syndicats. Les forces de l'ordre, cibles de jets de bouteille, ont répondu par des tirs de gaz lacrymogène tandis que des poubelles étaient enflammées sur les voies du tramway.
Des incidents ont également éclaté à Lyon où 400 à 500 jeunes, rassemblés à l’appel de l’ultra gauche, ont essuyé des tirs de lacrymogènes alors qu’ils tentaient de s’emparer de matériel de chantier, a constaté l’AFP. Sept arrestations ont eu lieu en milieu de soirée.
A Bordeaux, les manifestants étaient 1.900 personnes selon la préfecture et, à Brest, entre 5.000 et 8.000.
"Que nous reste-t-il à part continuer à manifester?", a interrogé à Marseille Romain Morizot, 33 ans. "On n’a que la mobilisation, pacifique jusqu’au 49.3. Mais maintenant, ça va potentiellement mettre de la tension sociale partout", a commenté cet ingénieur télécom dans l’aviation.
"Le président de la République suit évidemment l’évolution de la situation" sur le terrain, a indiqué l’entourage d’Emmanuel Macron à l'AFP.
- Mise à l'arrêt d'une raffinerie -
Côté grèves, la mise à l'arrêt de la plus importante raffinerie du pays, la raffinerie de Normandie (TotalEnergies), en Seine-Maritime, a débuté vendredi soir, a indiqué à l'AFP Alexis Antonioli, responsable CGT. Cette opération prendra plusieurs jours et ne devrait pas provoquer de pénuries de carburant immédiates dans les stations-service du pays.
Jusqu'à présent, les grévistes s'étaient contentés de bloquer les expéditions de carburant mais les raffineries continuaient à produire.
Le ministre de l'Industrie Roland Lescure a laissé entendre samedi que le gouvernement procèderait à des réquisitions en cas de mise à l'arrêt. "On a montré à l'automne qu'on savait prendre là encore nos responsabilités, on les prendra", en référence aux réquisitions alors prises pour débloquer des sites pétroliers lors de grèves pour les salaires, a-t-il déclaré sur France Info.
De telles mesures sont "en train d'être déployées" avec les éboueurs parisiens, a-t-il ajouté. La mairie, qui avait estimé à 10.000 tonnes la quantité de déchets non ramassés vendredi, a évoqué samedi "une stabilisation" de ce volume.
Selon la préfecture, "cinq garages de camions-bennes ont repris une activité" et "deux sociétés concessionnaires de traitement ainsi que plusieurs agents (ont) été requis depuis" vendredi.
Les motions de censure seront débattues et mises au vote de l’Assemblée nationale lundi à partir de 16H00, une conférence des présidents de l’institution devant donner peu avant son ultime feu vert au déroulé, a-t-on appris de sources parlementaires.
La motion déposée par le petit groupe Libertés, Indépendants Outre-mer et Territoires (Liot) est "transpartisane" et cosignée par des élus de la Nupes.
Cette dernière a davantage de chances d'être votée par des députés de droite défavorables à la réforme des retraites que celle du Rassemblement national (RN). Mais la barre de la majorité absolue pour faire chuter le gouvernement paraît difficile à atteindre.
fmp-bur-cac-al-we-tl/lbx/or
T.Sanchez--AT