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La BCE frappe fort sur les taux, malgré la tempête bancaire
La Banque centrale européenne ne s'est pas laissée effaroucher par le risque d'une nouvelle crise bancaire et a tranché jeudi pour un nouveau relèvement des taux d'un demi-point de pourcentage afin de combattre l'inflation, jugeant que les banques de la zone euro étaient solides et "résilientes".
Les gardiens de l'euro sont toutefois prudents sur la suite du resserrement monétaire et ont renoncé à leur engagement de relever encore "sensiblement" les taux dans les mois à venir.
Après la déroute aux Etats-Unis de la Silicon Valley Bank (SVB), les inquiétudes autour de Credit Suisse auraient pu rebattre totalement les cartes pour l'institution de Francfort engagée depuis l'été dernier dans un tour de vis monétaire sans précédent.
Première grande banque centrale à rendre une décision depuis le début des turbulences boursières, la BCE s'est livrée à un véritable exercice d'équilibriste assurant qu'il n'y avait de "compromis" à faire, ni sur la stabilité financière, ni sur celle des prix.
Depuis vendredi dernier, la faillite de la SVB et de deux autres banques régionales américaines ont ravivé le spectre de la crise financière de 2008 qui avait déstabilisé l'économie mondiale.
Mercredi, c'est le géant helvétique Credit Suisse qui a essuyé la pire séance de son histoire en Bourse après un mouvement de panique lié aux déclarations de son premier actionnaire, la Banque nationale saoudienne.
- "Solide" -
Mais le secteur bancaire "est actuellement dans une position beaucoup plus solide qu'en 2008", a assuré Christine Lagarde face à la presse.
"Leur capital est beaucoup plus élevé qu'il ne l'était il y a 10 ou 15 ans (...) la position de liquidités des banques européennes est robuste", a abondé le vice-président de l'institution Luis de Guindos.
"Nous surveillons de près les tensions sur les marchés et restons prêts à réagir", a martelé Mme Lagarde.
Face à l'envolée des prix dans le sillage de l'offensive russe en Ukraine, la BCE a entamé en juillet un cycle inédit de hausses des taux, stoppant près d'une décennie d'argent pas cher.
Lors de sa dernière réunion de février, elle avait annoncé comme quasi-certain un relèvement de 50 points de base pour mars, le troisième d'affilée de cette ampleur.
Toute autre décision qu'une hausse de 50 points de base aurait été vue comme une volte-face et une atteinte à la crédibilité de la BCE, estiment plusieurs analystes.
"La BCE maintient le cap (...) car tout sursaut aurait été interprété comme une faiblesse" face à l'inflation, analyse Jens-Oliver Niklasch, de la banque LBBW.
Les taux d'intérêt de la BCE se situent désormais dans une fourchette comprise entre 3% et 3,75%, au plus haut depuis octobre 2008.
- Bataille pas terminée -
L'institution de Francfort a aussi pris en compte l'accalmie sur les marchés boursiers après les efforts déployés pour rétablir la confiance des investisseurs dans le secteur bancaire.
Les autorités et dirigeants de part et d'autre de l'Atlantique ont fait assaut de déclarations minimisant le risque de contagion pour le reste du secteur bancaire et de l'économie. Les superviseurs américains avaient apaisé les investisseurs en assurant garantir l'accès des clients à leur argent déposé à la banque californienne.
Les marchés européens ont aussi repris des couleurs jeudi après l'annonce de Credit Suisse qu'il allait faire appel à la banque centrale suisse pour emprunter jusqu'à 50 milliards de francs suisses (50,7 milliards d'euros).
Le resserrement monétaire à marche forcée, opéré par toutes les grandes banques centrales depuis plusieurs mois, voire un an par la Fed américaine, vise à renchérir le coût de l'argent afin de freiner la demande et endiguer la forte inflation.
La BCE a rappelé jeudi que la bataille contre la hausse des prix n'était pas terminée.
"L'inflation devrait rester trop forte pendant une trop longue période", a-t-elle martelé.
L'inflation en zone euro a reculé en février pour le quatrième mois d'affilée, à 8,5% en glissement annuel, mais l'inflation dite "sous-jacente", hors énergie et alimentation, a grimpé au niveau record de 5,6%.
Dans ses nouvelles prévisions publiées jeudi, la BCE a estimé que le reflux des prix était en vue mais qu'il allait encore prendre du temps: l'inflation devrait atteindre 5,3% en 2023, -contre 6,3% dans les projections de décembre- puis 2,9% en 2024 et 2,1% en 2025.
A.Moore--AT