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Au pied des terrils, les vestiges industriels de Charleroi attirent les fans d'"urbex"
Dénicher la beauté au milieu d'anciennes usines désaffectées. A Charleroi, en Belgique, un artiste propose des balades dans les vestiges du riche passé sidérurgique et minier, un tourisme "post-industriel" qui séduit les amateurs d'exploration urbaine, l'"urbex".
Nicolas Buissart explique avoir démarré son activité de guide sur le mode de la blague, il y a une quinzaine d'années, quand un journal néerlandais a attribué à Charleroi le titre de ville la plus moche du monde.
Cet ancien étudiant en design, fin connaisseur de la ville, a décidé de rebondir sur cette sale réputation en lançant un "safari urbain", au plus près des terrils et des ruines géantes d'acier et béton qui forment le paysage de Charleroi.
Le programme varie en fonction du public.
Ce matin-là, le guide wallon de 46 ans accueille un groupe d'une dizaine de retraités de la région de Lille (nord de la France), des photographes amateurs friands du côté à la fois déglingué et graphique des usines abandonnées.
"Il y a une esthétique qui me plaît beaucoup ici", lâche à l'AFP Véronique Moussu une des membres du groupe, dont c'est la deuxième visite en quatre ans.
"Ces espaces sont magnifiés par les jeux de lumière, les ombres et le street-art", poursuit la retraitée française.
Le premier arrêt du jour est consacré à un bâtiment typique des années 1930 aujourd'hui désaffecté et effectivement devenu un terrain de jeu pour les graffeurs.
Il s'agit de l'ancienne "piscine Solvay", qu'avait fait bâtir cet industriel belge pour offrir à son personnel un lieu de détente et de loisirs... En face d'un site pionnier dans la fabrication de carbonate de soude au XIXe siècle, et qui n'existe plus.
- "Les déchets du capitalisme" -
La toiture de l'ancienne piscine n'est plus étanche, la pluie et le vent s'engouffrent dans le bâtiment, et les irrégularités du sol carrelé sont autant de pièges potentiels pour les chevilles.
Nicolas Buissart distille ses consignes de prudence en guidant ses visiteurs à l'intérieur, leur donnant une demi-heure pour explorer et photographier.
Même scénario à Châtelet, commune limitrophe, dans un gigantesque hangar de décapage de plaques d'inox qui tombe aussi en ruines.
Le site qui fut la propriété du groupe ArcelorMittal est à l'arrêt depuis une quinzaine d'années.
"La Wallonie fut prospère, on est dans une sorte de berceau du capitalisme", souligne Nicolas Buissart. "Le problème avec le capitalisme, c'est qu'il laisse beaucoup de déchets derrière lui".
Cette pointe de nostalgie sur le thème du patrimoine abandonné affleure aussi dans les réactions des visiteurs.
"On s'imagine tous les ouvriers qui ont oeuvré ici et rendu ces lieux vivants, maintenant c'est mort, c'est détruit", se désole Pascale Dufour-Floor, qui vit à la frontière franco-belge et s'est jointe aux retraités lillois.
Mais les promoteurs du tourisme veulent le voir comme un atout.
Plus de quarante ans après la fermeture de la dernière mine de charbon wallonne, en 1984, "ce patrimoine du passé est un facteur qui nous différencie et attire les touristes", déclare à l'AFP Valérie Demanet, directrice de la Maison du tourisme de Charleroi.
Quant au safari urbex de Nicolas Buissart, il complète bien l'offre globale. "Les publics ont des attentes différentes, il en faut pour tous les goûts", ajoute-t-elle.
W.Stewart--AT