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X et la classe politique, le fossé entre la parole et les actes
Le réseau social X et son propriétaire Elon Musk, accusés de propager la désinformation et les contenus haineux, sont de plus en plus dans le viseur des responsables politiques en France. Mais si certains à gauche s'interrogent, ils sont finalement peu nombreux à se retirer de la plateforme.
La députée écologiste Sandrine Rousseau a appelé dimanche ses collègues du Nouveau Front populaire à quitter X (ex-Twitter), y voyant une "machine de désinformation" et une "caisse de résonance de l'extrême droite".
Elle a également fustigé les tentatives d'Elon Musk d'"influencer" les élections en Allemagne et le débat politique en Grande-Bretagne. Pour Sandrine Rousseau, l'homme le plus riche du monde, également propriétaire de Tesla et de SpaceX et aujourd'hui allié bruyant de Donald Trump, "représente un danger réel pour nos démocraties".
"L'idéal serait que quelqu'un, hors opposition, dise clairement qu'il faut réguler X", estime auprès de l'AFP Philippe Moreau Chevrolet, professeur en communication à Sciences Po. "Il n'est pas possible (pour l’Élysée) de continuer à promouvoir un tel réseau social", insiste-t-il.
- "Internationale réactionnaire" -
Car le président Emmanuel Macron poursuit ses publications sur X, en dépit d'une charge sévère lancée le 6 janvier devant les ambassadeurs de France réunis à l’Élysée.
"Voilà dix ans, si on nous avait dit que le propriétaire d'un des plus grands réseaux sociaux du monde soutiendrait une nouvelle internationale réactionnaire et interviendrait directement dans les élections, y compris en Allemagne, qui l'aurait imaginé?", avait-il questionné.
Ces dernières semaines, sur son propre réseau social, Elon Musk s'en est pris à de nombreux dirigeants européens, dont le social-démocrate allemand Olaf Scholz, confronté à des législatives délicates, ou le travailliste britannique Keir Starmer. Et il a soutenu ouvertement des partis d'extrême droite, comme l'allemand AfD, en deuxième position dans les sondages avant le scrutin du 23 février.
"Emmanuel Macron pourrait décider de quitter la plateforme", estime Philippe Moreau Chevrolet qui voit trois possibilités pour la classe politique: une régulation de X au niveau européen, une interdiction en France ou un départ des politiques vers un autre réseau social.
Mais les départs effectifs sont rares et concernent très peu de personnalités de premier plan.
Si la maire de Paris, Anne Hidalgo, a été la première personnalité politique française à suspendre son compte sur X en novembre 2023, d'autres ont récemment fait part de leur décision de quitter la plateforme, comme Yannick Jadot, qui a annoncé qu'il allait couper X le 20 janvier, jour de l'investiture de Donald Trump.
"Je refuse d’être le complice, même passif, des attaques d'Elon Musk contre nos démocraties ! #QuitX", écrit-il, reprenant le hashtag apparu fin novembre sur X : "#HelloQuitX", qui appelle à un exil collectif du réseau social.
- Réseaux sociaux d'opinion -
Il y a un risque de "compartimentation" des forces politiques, s'inquiète Philippe Moreau Chevrolet, avec des personnalités s'exprimant exclusivement dans des "espaces idéologiques" sécurisés, des "réseaux sociaux d'opinion". Pour lui, Elon Musk en est le premier instigateur, ayant décidé d'utiliser son réseau social comme "outil de conquête des esprits".
La présidente de l'Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, a elle estimé que l'Europe devait développer "des réseaux sociaux souverains (...)". Mais "basculer de Twitter à un autre réseau qui reste sous la domination américaine ne me semble pas être la panacée", a-t-elle ajouté.
La patronne des Écologistes, Marine Tondelier, a de son côté reconnu qu'un départ groupé du NFP aurait "de l'impact", tout en soulignant que X devait être "interdit en Europe". Le patron du PS Olivier Faure a reconnu qu'il se posait la question.
Côté Insoumis, l'idée d'un retrait n'est pas évoquée, et Jean-Luc Mélenchon se félicite de la caisse de résonance que représente X, où il compte près de 3 millions d'abonnés.
A droite et à l'extrême droite, le débat n’existe pas. Pour rendre hommage à son père, Jean-Marie Le Pen, décédé le 7 janvier, Marine Le Pen a même publié un message très personnel sur X.
O.Brown--AT