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Les bouquinistes de Paris, ces indociles qui refusent de déménager
Déménager les bouquinistes de Paris pour la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques ? C'est un non ferme et définitif de cette profession indocile, qui s'est attiré la sympathie de l'opinion publique bien au-delà des bords de Seine.
"C'est un peu un métier d'anarchistes", dit à l'AFP Alexia Delrieu, 50 ans, qui l'exerce depuis une douzaine d'années à côté du pont de la Tournelle.
Raison pour laquelle la Préfecture de Paris, dans son projet de déplacer quelque 570 boîtes à livres fixées au parapet le long de la Seine, semble avoir mal anticipé la résistance de cette corporation.
Ces commerçants ont demandé un écrit officiel. Une lettre de la Préfecture leur a confirmé que, dans les jours précédant le 26 juillet 2024, leur commerce et leur fonds devraient quitter les lieux temporairement.
- "Pas de vraie règle" -
"Nous appelons à la raison. Démonter ces boîtes est un cauchemar logistique. Beaucoup d'entre elles n'y survivront pas. Il y a une solution bien plus simple, qui est de faire passer des démineurs, de sceller les boîtes et de rouvrir très vite ensuite", explique le vice-président de l'Association culturelle des bouquinistes de Paris, Pascal Corseaux.
Pour tout maire de Paris, la question des bouquinistes est délicate. Ils ne paient pas de loyer pour leur occupation du domaine public. Et ils ne suivent pas toujours scrupuleusement les règles qui doivent garantir, principalement, un minimum de cohérence dans le paysage et de jours d'ouverture.
"Le règlement, le règlement...", soupire Guido Cuccolo, 71 ans, implanté quai de Conti. "Il change tout le temps. Bouquiniste, c'est une profession de liberté: il n'y a pas de vraie règle".
Lui qui arbore, avec sa longue barbe blanche, son caractère de contestataire-né, se dit "optimiste" quant à ses chances de rester là, JO ou pas. En dépit des autorités, car selon lui, "la mairie de Paris n'en a rien à faire de nous".
Très vite, les bouquinistes ont compris qu'ils devaient jouer la carte de l'opinion. Elle s'est montrée extrêmement favorable à leur cause dès que le sujet a passionné les médias nationaux et internationaux.
- Profession désargentée -
Dans la presse française par exemple, aussi bien le quotidien communiste L'Humanité que l'hebdomadaire Le Journal du dimanche (désormais dirigé par le journaliste marqué à l'extrême droite Geoffroy Lejeune) sont allés très récemment à leur rencontre.
Une agence de relations presse s'occupe aujourd'hui de ce combat, pour continuer à faire vivre un sujet qui pourrait s'éteindre dans l'indifférence. Bénévolement, car la profession est désargentée.
"La belle époque, c'était il y a 20 ans et plus, avant Internet. Maintenant, il faut trimer pour arriver au Smic", constate Guido Cuccolo.
La réalité économique est que beaucoup de ces commerçants ne se relèveraient pas de devoir attendre qu'en pleine saison touristique, on enlève, restaure et réimplante leurs boîtes en bois vert wagon.
"La mairie a changé ses critères d'attribution. Maintenant, elle tâche de donner un emplacement aux gens qui ont d'autres sources de revenus", explique Alexia Delrieu. Elle-même est autrice jeunesse, sculptrice et céramiste.
"Ceux qui nous disent que c'est tout à fait faisable de déménager, qu'on va nous rendre des boîtes très belles, ils ne se rendent pas compte", déplore-t-elle. "J'ai des voisins qui, s'ils ne vendent pas un jour, ne mangent tout simplement pas".
G.P.Martin--AT