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André Chervin, apprenti joaillier parisien devenu en 70 ans un maître d'art new-yorkais
Des lampes en diamants et rubis, des animaux et des plantes miniatures en or et émeraude: à l'âge vénérable de 95 ans, le maître d'art français André Chervin, qui débuta comme apprenti joaillier à Paris, expose pour la première fois son oeuvre exceptionnelle forgée durant sept décennies d'exil à New York.
Né à Paris en 1927, immigré dans la ville-monde en 1951, fondateur trois ans plus tard avec un autre jeune joaillier français, Serge Carponcy, de l'atelier Carvin French, le nonagénaire retiré des affaires reste inconnu du grand public en France.
Mais à New York, André Chervin et Carvin French sont vénérés par les grands clients internationaux, les bijoutiers et joailliers de luxe Tiffany and Co., Van Cleef and Arpels, Cartier, Bulgari, Verdura et Asprey.
Cet artisan français juif laïc, formé après-guerre à la Haute école de joaillerie de Paris, a réussi à New York, des années 1950 à sa retraite dans les années 2010, à se hisser au rang de maître d'art de la joaillerie et de créateur de joyaux décoratifs.
Mais l'homme a toujours été "secret, humble et modeste", fuyant mondanités et "publicité", dit de lui à l'AFP sa fille Carole Chervin qui a repris les rênes de Carvin French avec son cousin Sylvain Chervin, lequel a rejoint il y a 40 ans la branche new-yorkaise de la famille.
- "Success story" new-yorkaise -
Ces Américains d'origine française ont tenu, du vivant de leur aïeul, à présenter une cinquantaine d'objets uniques dans une petite exposition exceptionnelle à la New York Historical Society ("Enchanting Imagination: The Objets d’Art of André Chervin and Carvin French", du 8 septembre au 17 mars 2024).
Malgré sa "success story" new-yorkaise, le vieil homme fut "difficile à convaincre" de dévoiler ses oeuvres, reconnaît sa fille.
Refusant les interviews, André Chervin, qui aura 96 ans en novembre, a toutefois confié dans un communiqué que "cette collection représentait le travail de toute une vie".
De fait, il lui a fallu parfois cinq, dix, 25 ans pour créer "ces objets d’art".
Surtout, écrit-il, "j'ai pu choisir moi-même quoi fabriquer, quand et exactement comment je les voulais. J'étais libéré des contraintes (...) lorsqu'on fabrique pour la commande d'un client. Ce sont mes propres expressions. C'est mon art, pur et simple. C'est ma vraie liberté".
- Merveilles des arts décoratifs -
Outre des broches, bracelets, bagues, parures et boucles d'oreille en diamant, saphir, émeraude, rubis or ou argent commandés par Tiffany, Verdura ou Bulgari, Carvin French a sorti de son petit atelier, encore en activité, des merveilles des arts décoratifs.
Ainsi, une lampe boudoir, veilleuse miniature ("My Heavy Heart"), composée d'un coeur en citrine montée sur une brouette en or 18 carats débordant de fleurs de diamants de couleurs. Et une lampe de chevet, ("Rubis des Grenouilles) couverte d'un mini abat-jour en mosaïque de 128 rubis taillés et sculptés.
On y contemple un "Bouquet de fraises" en corail avec des feuilles en néphrite et un "Oiseau gardant son nid" composé de plus de 700 "pailles" en or jaune 18 carats avec des œufs en émail sur une branche d'arbre en argent et l'oiseau sculpté en onyx avec un bec en corail.
Ces objets, pour la première fois sortis de la famille Chervin à New York, montrent qu'"André a une relation très étroite, très touchante avec la nature dont il est un grand admirateur", explique à l'AFP la commissaire de l'exposition, Debra Schmidt Bach.
- "Nations unies" de la joaillerie -
Mais l'artiste, qui a piloté Carvin French pendant 60 ans, se considérait avant tout comme le "chef d'orchestre de talents incroyables et d'artisans au savoir-faire hors du commun" venus de France et d'Europe, dit l'experte.
La clé du "succès" de son père, selon Carole Chervin, est à chercher dans "le New York de l'après Seconde guerre mondiale, devenu un centre cosmopolite en plein essor".
Bien sûr "nombre de joailliers étaient à Paris" mais New York "attirait une vague extraordinaire de joailliers, lapidaires, artisans de Chine, Hong Kong, Vietnam et Amérique du Sud (...) de véritables Nations unies de talents" de la joaillerie, s'émerveille-t-elle.
Quel avenir pour Carvin French, qui n'a plus qu'une poignée de collaborateurs, dans un secteur du luxe en pleine transformation? "Le rachat de l'affaire, c'est possible mais pas" d'actualité, balaie Sylvain Chervin.
S.Jackson--AT