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Affaire Elisa Pilarski: Christophe Ellul assure n'avoir "pas fait d'aveux"
Au dernier jour de son procès pour la mort de sa compagne Elisa Pilarski, tuée par des morsures canines en 2019, Christophe Ellul a assuré jeudi qu'il n'avait "pas fait d'aveux" en reconnaissant la veille que son pitbull était "coupable".
Christophe Ellul, 51 ans, est jugé depuis mardi à Soissons (Aisne) pour l'homicide involontaire d'Elisa Pilarski, 29 ans, dont il avait découvert le 16 novembre 2019 le corps couvert de morsures canines dans une forêt à quelques kilomètres de Soissons.
Enceinte de six mois, la jeune femme y promenait l'un des chiens de M. Ellul, Curtis, dont l'enquête a établi qu'il s'agissait d'un pitbull importé illégalement en France par le prévenu.
Après plusieurs années à rejeter l'implication de son chien, qui l'aurait rendu responsable du drame, M. Ellul a fini par reconnaître mercredi avoir eu "la preuve" que son chien Curtis "est coupable".
"Les mensurations (des morsures, NDLR) parlent d'elles-mêmes apparemment. Aujourd'hui, oui, je l'accepte et je le crois", a-t-il déclaré à l'audience.
Une expertise a déterminé que les morsures exploitables correspondaient aux caractéristiques physiques de Curtis.
Mais jeudi matin, le quinquagénaire a refusé de réitérer ses propos, estimant n'avoir "pas fait d'aveux. J'ai dit à madame la présidente, dès le départ, ce que je voulais, c'est tout."
Une formule qui entretient l'ambigüité: à l'ouverture du procès, mardi, Christophe Ellul avait assuré: "Si Curtis est coupable, piquez-le ou c'est moi qui vais le faire, mais mettez les preuves sur la table".
- Un homme "détruit" -
Mercredi soir, son avocat Alexandre Novion avait tempéré les propos de son client, qu'il voit comme la formulation malheureuse d'un homme "détruit", qui "ne peut plus réfléchir normalement".
M. Ellul avait lui-même été plus nuancé dès mercredi après avoir reconnu l'implication de Curtis, estimant qu'un seul chien "ne peut pas faire 50 morsures", en référence aux 56 plaies retrouvées sur le corps d'Elisa Pilarski.
M. Ellul avait, dès le début, mis en cause une meute de chiens chassant à courre dans la zone, bien que diverses analyses au fil de l'instruction ont dirigé le faisceau d'indices vers le seul Curtis.
Ces circonvolutions ont exaspéré l'avocat d'une association nationale de chasse à courre, Guillaume Demarcq, qui l'a pris à partie jeudi matin: "Vous êtes prisonnier de quoi ? (...) On vous met les preuves sous le nez (...) Où vous voyez des doutes ?"
Il l'a appelé, au nom de son amour pour Elisa, à "dire la vérité aujourd'hui" et "penser" à la famille de la victime, dont la mère et l'oncle sont assis à quelques mètres, sur le banc des parties civiles.
"Toute cette audience n'a fait que montrer que vous avez menti", a abondé la procureure.
Parmi les preuves, des analyses ADN impliquent Curtis, mais sur ce sujet, "la nuance s'impose parce que même les analyses ont leurs limites scientifiques", a reconnu jeudi la présidente. Elle a notamment souligné que les conditions dans lesquelles les échantillons avaient été recueillis, en extérieur, entre le vent et le froid, étaient dégradées.
- "Mordant" -
Christophe Ellul est jugé pour homicide involontaire aggravé par trois circonstances: l'importation illégale de Curtis, son dressage "au mordant", pratique illégale en France, et l'absence de précaution pour éviter que Mme Pilarski, femme de petit gabarit (1,52 m pour 56 kg) et enceinte, n'ait à s'occuper seule de ce pitbull d'une vingtaine de kilos.
Curtis n'avait "jamais" été agressif "avant le drame", a assuré le prévenu, affirmant qu'il n'avait pas omis de le déclarer en France pour tromper les autorités, mais par négligence.
Christophe Ellul a en outre assuré que "Curtis n'a jamais fait de mordant". Il a reconnu qu'il adoptait ses chiens pour s'adonner avec eux à du sport canin, dont du saut en hauteur qui consiste à leur faire attraper un objet accroché en l'air. "Je sais pas si en France, c'est interdit de faire sauter son chien en hauteur", a-t-il ironisé.
Christophe Ellul encourt dix ans de réclusion criminelle. Curtis, à présent âgé de huit ans, vit actuellement dans un chenil de Haute-Garonne.
D.Johnson--AT