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Grammy Awards: Bad Bunny, la voix latino qui a conquis la pop mondiale
Devenu dimanche le tout premier artiste chantant en espagnol à remporter le plus prestigieux des Grammy Awards, celui de l'album de l'année, le Portoricain Bad Bunny, 31 ans seulement, a propulsé en dix ans le reggaeton et la trap latine au sommet de la pop mondiale.
"Je veux dédier ce prix à toutes les personnes qui ont dû fuir leur terre natale, leur pays, pour suivre leurs rêves", a-t-il déclaré sur scène en recevant son troisième trophée de la soirée, après ceux de la meilleure musique latine urbaine et de la meilleure performance musicale globale pour le titre "Eoo".
Un peu plus tôt, il avait appelé à "mettre dehors" la police américaine de l'immigration (ICE)."Nous ne sommes pas des sauvages. Nous ne sommes pas des animaux. Nous ne sommes pas des étrangers. Nous sommes humains et nous sommes américains", avait-il ensuite lancé, exhortant à ne pas se laisser "contaminer" par la "haine".
Dans une industrie musicale américaine ayant historiquement marginalisé les voix latino, son triomphe est particulièrement significatif.
Il "montrerait encore davantage l'influence croissante des cultures latino-américaines aux Etats-Unis", commentait ainsi Lauron Kehrer, musicologue, auprès de l'AFP avant la cérémonie.
Ces récompenses viennent couronner une année extraordinaire pour le chanteur, depuis la sortie en janvier 2025 de son sixième album solo.
"Debi Tirar Mas Fotos" accorde une grande place aux rythmes traditionnels portoricains (salsa, bomba, plena...) et évoque la colonisation de son île natale, sous juridiction des Etats-Unis depuis 1898.
C'est précisément ce qui fait la force de l'artiste: livrer un message sociopolitique sous une forme résolument dansante.
- "Profondément politique" -
Benito Antonio Martinez Ocasio, de son vrai nom, a enchaîné l'été dernier avec une résidence de trois mois à Porto Rico, boostant l'économie locale qui fait face à des taux élevés de pauvreté et de chômage.
Autre acte à la portée forte dans l'Amérique de Donald Trump, sa tournée mondiale débutée en novembre, qui doit durer jusqu'à juillet, ne passe pas par les Etats-Unis, afin de mettre ses fans à l'abri de potentiels raids d'ICE, a-t-il dit.
L'unique occasion de le voir se produire dans le pays sera donc le spectacle de la mi-temps du Super Bowl (la finale du championnat de football américain) dimanche prochain.
Le choix, pour la première fois, d'un artiste chantant en espagnol pour assurer ce show n'a pas ravi les partisans du président américain.
Ce concert est "profondément politique", analyse Jorell Melendez-Badillo, historien à l'Université du Wisconsin-Madison qui a collaboré avec le musicien sur son dernier album. La musique de Bad Bunny se heurte en effet à une "sorte d'idée nationaliste de qui a le droit d'appartenir aux Etats-Unis".
Dans la sphère MAGA, certains lui reprochent aussi de brouiller les frontières entre les genres avec ses vêtements ou son maquillage.
- Repéré sur SoundCloud -
Fils d'un routier et d'une enseignante, Benito Antonio Martinez Ocasio est né le 10 mars 1994 et a grandi près de San Juan, la capitale de Porto Rico.
Il a apprivoisé sa voix comme enfant de choeur, avant de créer des sons sur son ordinateur dès sa préadolescence, inspiré par des styles musicaux allant de la bachata dominicaine à la pop des Bee Gees.
En 2016, il travaillait dans un supermarché, à emballer les courses des clients, lorsqu'il a été repéré par un label grâce à ses morceaux postés sur la plateforme de streaming musical SoundCloud.
En 2022, Bad Bunny est devenu le premier musicien nommé aux Grammys dans la catégorie album de l'année pour un disque en espagnol, avec "Un Verano Sin Ti".
Puis, en 2023, il a été le premier artiste hispanophone tête d'affiche du prestigieux festival de musique Coachella, en Californie, livrant une performance mettant en valeur la culture portoricaine.
Hésitant, au début de sa carrière, à adopter des positions politiques affirmées, comme le souhaitaient certains de ses fans, le musicien a joué un rôle important dans les manifestations qui ont secoué Porto Rico en 2019, en réponse à des scandales impliquant les autorités de l'île.
Et, lors de l'élection présidentielle américaine de 2024, il a apporté son soutien à la candidate démocrate Kamala Harris contre le républicain Donald Trump.
W.Moreno--AT